Lille Métropole

Enjeux transversaux de développement durable

Dernier ajout : 3 mai.

Ce territoire très peuplé et attractif présente des disparités économiques et sociales fortes, impliquant des enjeux de santé et de maîtrise des budgets conséquents. Il influence fortement ses voisins immédiats et plus lointains.

Un territoire attractif pour la population et l’économie

Tout en présentant la densité de population la plus élevée en Nord Pas-de-Calais, le territoire lillois a connu une croissance démographique plus soutenue qu’en moyenne régionale, portée à la fois par la ville de Lille et par les espaces périphériques à vocation résidentielle, en dépit d’un repli sur Roubaix et Tourcoing.

Le territoire concentre les étudiants venus d’autres espaces, et des jeunes actifs débutant leur vie professionnelle. Cette caractéristique correspond à des fonctions sociales et économiques propres à la métropole : la fonction estudiantine (du fait de la présence des grandes universités) et la fonction tertiaire (à même d’offrir des débouchés pour de jeunes actifs).

Les zones d’emploi de Lille et Roubaix-Tourcoing profitent d’une situation géographique privilégiée au niveau européen grâce à des réseaux de transports terrestres denses (routiers, autoroutiers et ferroviaires), à l’aéroport de Lille-Lesquin à vocation eurorégionale et au port de Lille, troisième port fluvial de France.

Elles constituent un centre majeur de décision économique avec la présence des sièges sociaux de grands groupes français tels que de nombreuses enseignes de la Grande Distribution et de ventes à distance (Auchan, Décathlon, Leroy Merlin, La Redoute, Trois Suisses…), le Crédit Mutuel, Castorama ou Lesaffre, Rabot-Dutilleul Construction, et de nombreuses structures tournées vers l’innovation. Ce territoire reste le principal pôle d’emploi de la région, et le plus tertiarisé.

Des inégalités marquées d’un point de vue social et économique

Le territoire connaît des flux migratoires qui correspondent à une double logique d’attractivité en son coeur (jeunes ménages) et vers les franges (familles). Ces mouvements de population se doublent d’une géographie sociale contrastée : Lille Métropole présente les inégalités sociales les plus marquées au niveau régional, auxquelles correspondent des contrastes forts entre les communes et les quartiers. L’espace compte à la fois, en proportion importante, des ménages avec un patrimoine élevé et des revenus d’activité soutenus, et des ménages en situation de précarité, sans ressource autonome. Le revenu médian par unité de consommation s’établit ainsi à 18 338 € pour une moyenne régionale de 16 794 € [1], mais il est pour certaines communes ou quartiers inférieur à 15 000 €, voire 13 000 €. Sur le territoire, la question de la précarité nécessite d’ailleurs d’être prise en compte à une échelle microterritoriale. Près de 310 000 personnes résidaient dans des quartiers relevant des Zones Urbaines Sensibles (ZUS) ou des Contrats Urbains de Cohésion Sociale (CUCS), soient 34,4 % de la population régionale concernée par la politique de la Ville dans sa géographie en vigueur jusqu’en 2014. Dans ces quartiers en difficulté, la faiblesse des revenus s’accompagne le plus souvent de faibles qualifications ou de parcours scolaires erratiques, et de conditions de vie dégradées (logement, santé).

Ainsi, l’indice de développement humain IDH-4 signale des difficultés les plus prononcées pour la ville de Roubaix, et dans une moindre mesure Wattrelos et Tourcoing, tout en pointant les villes de Lille, Loos, Mons-en-Baroeul et Armentières comme d’autres espaces à enjeux.

Les inégalités et le grand nombre de personnes concernées impliquent des enjeux de santé et des enjeux de maîtrise de budgets conséquents sur ce territoire.

Avec un indice comparatif de mortalité (ICM) de 117 pour les hommes et 110 pour les femmes du territoire, le secteur présente une mortalité corrigée des effets d’âge supérieur de 17 % pour les hommes et 10 % pour les femmes à celle observée en France métropolitaine (où l’ICM est de 100 par définition). La métropole de Lille est moins vulnérable que la moyenne régionale qui indique des ICM respectivement de 129 et 122 [2] [3], mais la question sanitaire reste préoccupante.

Or l’importance de ce qu’on appelle les déterminants économiques, sociaux, culturels et environnementaux, est primordiale (cf. chapitre Santé, sur les enjeux sanitaires en lien avec l’environnement). Les questions de santé environnement posent des problèmes souvent complexes car multifactoriels. Néanmoins, la préservation de la santé et la qualité de l’environnement sont intimement liées : un environnement de qualité contribue à préserver voire améliorer la santé. [4] [5]

Une métropole européenne

Dans un contexte européen où le développement est porté par les grandes villes, Lille Métropole est au coeur du processus de métropolisation qui l’amène à se positionner comme le principal moteur de croissance au sein de la région. Se pose alors la question de sa capacité à partager la richesse au profit de l’ensemble de sa population. Le processus de métropolisation entraîne également une forme de spécialisation des territoires régionaux tout au moins ceux qui participent de l’aire métropolitaine, intégrant a minima la Flandre intérieure, l’ex-Bassin Minier, l’Arrageois mais aussi un versant belge (autour d’Ypres, Courtrai, Mouscron et Tournai). Cette spécialisation n’amène pas nécessairement les même bénéfices pour tous ; elle alimente également la périurbanisation? et entraîne de toute évidence un fort accroissement des besoins de mobilité, qui a un impact sur l’environnement tant que le mode routier demeure majoritaire.

L’enjeu d’une gouvernance adaptée est majeur : placer les réflexions à l’échelle de l’AML (Aire Métropolitaine Lilloise) semble également nécessaire pour assurer la cohérence d’ensemble des démarches et les synergies.

Opportunités économiques

Le territoire est également en pleine conversion, se nourrissant de son histoire pour inventer l’avenir : l’environnement économique s’est étoffé au cours des dernières années de structures partenariales permettant de favoriser la reconversion économique par l’émergence de nouvelles activités à forte valeur ajoutée et de haut niveau technologique. Ces activités nourrissent des liens très étroits avec les enjeux environnementaux et de développement durable.

Dans cet espace où l’artificialisation est prononcée, il peut être paradoxalement plus aisé d’actionner des leviers pour promouvoir le développement durable : des éco-logements plus faciles à financer dans un marché immobilier axé sur des logements collectifs, des transports durables permis par la densité de population, une réhabilitation foncière facilitée par la présence de friches à proximité de zones économiques demandées et valorisées…

Les activités économiques liées à la réhabilitation des friches, à la restauration de la qualité des eaux, à la rénovation énergétique, à la mobilité par exemple sont susceptibles de créer de nombreux emplois et opportunités.

Le territoire de Lille Métropole dispose d’ores et déjà de 78 749 postes salariés dans les métiers de l’économie verdissante? (soit 14,8 % pour une moyenne régionale de 18,2 %) et de 3 549 emplois dans l’économie verte [6]. Si les taux sont inférieurs à la moyenne régionale, les nombres d’emploi sont les plus importants des territoires régionaux. L’amélioration de l’environnement est également un facteur d’amélioration de cadre de vie, et de renforcement de l’attractivité du territoire.

Le territoire est d’ailleurs très attractif pour l’innovation. La métropole est dotée d’instituts de recherche renommés tels que l’Institut Pasteur, le CNRS, l’lFSTTAR [7], l’IEMN [8], formant le troisième pôle universitaire français dans les Sciences, la Santé et l’Économie.

Quatre parcs technologiques sont dédiés à l’innovation régionale : Euralille 1 et 2, Euratechnologies (pôle régional numérique), Eurasanté (plus grand site hospitalo-universitaire d’Europe), et le parc scientifique de la Haute Borne (nanotechnologies, information et communication).

Le territoire réunit de nombreux pôles de compétitivité, programmes d’investissement ou structures partenariales (entreprises, centres de recherche, organismes publics ou de formation, etc.), qui doivent pouvoir intégrer un ou plusieurs enjeux environnementaux et/ou de développement durable :

- S’agissant des matériaux : MATIKEM est un pôle de compétitivité national dédié aux matériaux, à la chimie et chimie verte, travaillant notamment sur les produits éco-conçus, et la chimie du végétal.
L’Institut Français des Matériaux Agro-Sourcés (IFMAS) a été créé en 2012 pour structurer la recherche et le développement dans les domaines de l’énergie non fossile et de la chimie verte afin de faire émerger une filière complète amont-aval capable de produire des plastiques et revêtements végétaux éco-conçus et recyclables à partir de plantes abondantes, renouvelables et riches en amidon. L’objectif est de prendre des parts de marché significatives en Europe avant 2020 sur les plastiques végétaux.
Le pôle de compétitivité Up-Tex vise à favoriser le développement de textiles techniques en coordination avec le pôle d’excellence T2M (Textile, mode et matériaux) et le Centre Européen des Textiles Innovants (CETI). Les matériaux textiles à effets barrières, ou encore les éco-matériaux textiles sont des exemples d’axes stratégiques.
Dans une logique collaborative, « la vallée du recyclage textile » a vu le jour, en lien avec le CD2E (pôle d’excellence sur les éco-activités et l’éco-transition), et TEAM2, pôle de compétitivité spécialisé sur les technologies du recyclage et de valorisation des déchets. L’objectif est la valorisation des déchets textiles dans un mode d’économie circulaire et notamment la mise sur le marché de produits éco-conçus issus du recyclage.

  • Concernant la santé et l’agriculture, le pôle Nutrition Longévité Santé (NSL) traite de la prévention des pathologies chroniques multifactorielles pour lesquelles l’alimentation est un facteur reconnu comme prépondérant.
  • Concernant le commerce, le pôle PICOM (Industries du Commerce implantées sur la métropole lilloise) contribue au développement d’un lieu de référence mondial pour la distribution du futur. Autour des groupes historiques de la distribution et de la vente à distance, se sont développées des PME en passe de devenir à leur tour précurseurs de la vente multi-canal (internet, téléphonie mobile, etc.). Cela implique notamment des questions relatives aux matières premières, aux moyens de stockage, de vente et de distribution renvoyant aux problématiques d’artificialisation, économie circulaire, circuits courts, et de transports.

Enfin le territoire s’affirme comme une destination touristique à part entière, notamment grâce à son patrimoine (architecture et paysage spécifiques, musées, histoire, etc.) et à l’amélioration progressive du cadre de vie qu’il doit pouvoir valoriser.

[1INSEE

[2INSEE

[3ORS

[4Les espaces du Nord Pas-de-Calais – Diagnostic et dynamiques – Tome 2 Manuels thématiques – INSEE 2014

[5Trajectoire socio-économique de la zone d’emploi de Lille et Tourcoing Roubaix – Direccte Nord Pas-de-Calais – Décembre 2014

[6INSEE - chiffres 2010

[7Institut Français des Sciences et Technologies des Transports

[8Institut d’Électronomique, de Microélectronique et de Nanotechnologies

  • Des revenus globalement au-dessus de la moyenne régionale mais avec de fortes disparités
  • Une santé dégradée mais moins qu’en moyenne régionale
  • Placer les réflexions à l’échelle de l’AML, un enjeu de gouvernance adaptée majeur