Les enjeux de connaissance pour permettre l’action

Dernier ajout : 3 mai 2017.

Quels que soient les milieux de l’environnement étudiés, force est de constater que la connaissance est incomplète : mieux connaître les milieux, les pressions que ces derniers subissent et les impacts qui en découlent permet de mieux cerner les problématiques à l’œuvre et de cibler les actions à engager. La connaissance est donc un enjeu prioritaire dans une perspective de développement durable.

L’état des lieux des milieux réalisé dans le tome 1, et l’identification des pressions réalisée dans le tome 2 permettent de dresser un état de la connaissance environnementale en région très fin avec de nombreuses cartographies de plus en plus précises, disponibles sur Internet. Beaucoup de sujets sont aujourd’hui bien appréhendés, permettant ainsi la mise en œuvre d’actions concrètes. Ainsi via notamment les différents observatoires (Atmo, Climat, Biodiversité…) et les réseaux d’acteurs comme le Réseau des Acteurs de l’Information Naturaliste (RAIN) la connaissance est déjà très riche et fine, permettant de suivre les évolutions dans le temps et engager des mesures comme le Schéma Régional Climat Air Énergie, le Plan de Protection de l’Atmosphère, le Schéma Directeur d’Aménagement et de Gestion des Eaux, etc..

Ce présent diagnostic identifie néanmoins quelques connaissances à approfondir récapitulées ici par milieu environnemental.

Synthèse des pressions régionales exercées sur les sols Occupation et qualité des sols

L’occupation des sols est l’une des thématiques où l’enjeu d’observation et de connaissance est très important pour permettre une gestion optimisée des sols (enjeu S1). Notamment, s’agissant de la préservation des sols agricoles, on ne dispose pas de carte de la qualité agronomique des sols qui contribuerait à l’identification des espaces agricoles à préserver prioritairement. Une base de données plus complète et actualisée permettrait de localiser et de qualifier les friches ; elle limiterait ainsi l’artificialisation des zones agricoles ou naturelles.

Mieux cerner les conditions d’une ville dense mais offrant une réelle qualité de vie est également une connaissance à développer.

En ce qui concerne la qualité et la sécurité liées aux sols et aux sous-sols, la connaissance doit être améliorée dans plusieurs domaines :
 Les pressions que les intrants agricoles (produits phytosanitaires et engrais) exercent sur le sol, l’eau et la biodiversité, sont difficiles à quantifier étant donné leur caractère diffus. En outre, l’état global de l’azote dans le sol, qui dépend de mécanismes chimiques complexes des micro-organismes et des fluctuations climatiques, doit pouvoir être mieux appréhendé ;
 Les retombées atmosphériques de polluants sur les sols sont également assez peu connues. On connait néanmoins les principales émissions atmosphériques industrielles ;
 La problématique des munitions non explosées de la première guerre mondiale, des zones de « pétardage » et des pollutions consécutives nécessite une connaissance approfondie ;
 La connaissance de la stabilité des cavités souterraines demeure insuffisante.

Synthèse des pressions régionales exercées sur les eaux Les eaux souterraines et superficielles terrestres

La connaissance mérite d’être affinée dans les domaines suivants :
 Les impacts sanitaires et écologiques des micropolluants ;
 Les pressions que les intrants de l’agriculture (produits phytosanitaires et engrais) exercent sur le sol, l’eau et la biodiversité aquatique, la dynamique du cycle de l’azote et ses interactions avec les matières organiques par exemple ;
 Les impacts de l’assainissement non collectif sur les nappes, qui sont mals connus, les émissions de pollutions des voiries vers les milieux aquatiques, le patrimoine existant et les coûts de maintenance et de renouvellement des ouvrages d’assainissement et de distribution d’eau ;
 Les effets combinés des différents polluants.

La gestion économe de la ressource en eau implique également un besoin de connaissance et de suivi :
 Des surfaces urbanisées non imperméabilisées et du pourcentage de surface imperméabilisée sans dispositif d’infiltration des eaux ;
 Des échanges entre nappes (aspect quantitatif) et écosystèmes terrestres dépendants (zones humides) avec idéalement leur quantification ;
 Des conséquences du changement climatique sur le rechargement des aquifères, les zones humides et leur qualité, et sur les prélèvements en eau, dont la prévision demeure difficile. Le changement climatique pourrait en effet se traduire par une augmentation des périodes de sécheresse au cours du siècle (voir état des pressions).

Synthèse des pressions régionales exercées sur les eaux Le milieu marin

Les enjeux de connaissance et de gouvernance concernent :
 L’état de la biodiversité marine ;
 La connaissance plus fine des apports continentaux en polluants et déchets ;
 La surveillance des macro-déchets, le détroit du Pas-de-Calais étant l’une des quatre grandes zones de forte accumulation à surveiller (concernant les micro-plastiques, les données sont actuellement trop limitées pour en tirer des conclusions définitives) ;
 L’évaluation des opérations illicites (déballastage, lavage de citernes, etc.) ;
 La connaissance substrat/espèces/état de conservation/pressions qui demeure insuffisante ;
 L’évolution des risques en lien avec le changement climatique.

Synthèse des pressions régionales exercées sur l’air et le climat Air

En matière de qualité de l’air, bien que beaucoup d’informations aient été récemment accumulées sur les émissions de polluants, les enjeux de connaissance sont importants pour mieux connaître les émissions et impacts des micropolluants dans l’air (pesticides, certains métaux…). Il est important d’estimer aussi les effets cumulés.

Le caractère allergène des pollens, de graminées et de bouleau notamment, semble aggravé par la présence de micropolluants. Privilégier des espèces non allergisantes est une des marges de progrès potentielles en milieu urbain.

La qualité de l’air est également fonction des sources de pollutions extrarégionales variables selon les émissions et des mécanismes de chimie et de transport dans l’air. La connaissance des impacts sur l’air du trafic maritime et des embruns marins est perfectible, tout comme la coopération inter-frontalière en matière de connaissance et de réduction des émissions de polluants atmosphériques.

Enfin, la question de la connaissance des impacts économiques est à approfondir ; par exemple la question des impacts potentiels de l’augmentation probable des pics de concentration en ozone sur les rendements agricoles se pose.

Sur la qualité de l’air intérieur : l’amélioration des dispositifs de surveillance est à poursuivre suite au Grenelle de l’environnement pour développer un niveau de connaissance plus adapté. L’Observatoire National de la Qualité de l’Air Intérieur mène des programmes d’études par lieu de vie (logement, milieu scolaire et crèche, bureaux, lieux de loisirs et bâtiments performants énergétiquement). L’étiquetage des produits participe à cette connaissance.

Synthèse des pressions régionales exercées sur la biodiversité et les milieux naturels Biodiversité

L’amélioration de la connaissance sur la biodiversité extraordinaire (marine notamment) et la biodiversité ordinaire, ainsi que sa diffusion auprès de la population, constituent à la fois un enjeu significatif et un paramètre incontournable pour la préservation des milieux et des espèces. La connaissance du fonctionnement des corridors écologiques est notamment nécessaire pour résorber les obstacles à la circulation des espèces.

Synthèse des ondes générées en région Ondes

L’acquisition de la connaissance est à poursuivre s’agissant :
 Des niveaux d’expositions au bruit ;
 Des impacts de l’exposition aux ondes électromagnétiques et leurs effets sur la santé (voir le chapitre enjeux santé).

Synthèse des pressions régionales exercées sur l’air et le climat Émissions de GES et évolution du climat

Quelles seront les conséquences du changement climatique sur l’occurrence et la gravité des risques naturels ? Comment prévenir et prendre en compte ces phénomènes ?

Ces questions qui constituent le premier enjeu de connaissance et de gouvernance lié à l’évolution du climat, se traduisent en particulier dans le Nord Pas-de-Calais par le besoin :
 D’études de caractérisation des aléas et de leur prise en compte par les acteurs du littoral dans leurs documents de planification et stratégies d’aménagement ;
 De stratégies d’aménagement et de gestion foncière adaptée au risque de submersion marine.

À noter que ces deux axes sont en cours de développement par l’État via le programme de travail sur les risques littoraux, la mise en œuvre progressive des plans de prévention des risques littoraux, et la constitution d’une gouvernance adaptée.

L’autre enjeu est lié à la connaissance et la prévention des effets du changement climatique sur la biodiversité régionale qui restent à développer.

Ressources Ressources énergétiques

Les capacités de production de bois de chauffage en région sont mal connues.

Le potentiel éolien en mer et en micro-éolien n’est pas évalué à ce jour.

La question du stockage de l’électricité produite par certaines formes d’énergies renouvelables intermittentes (solaire, éolien, etc.) est un des grands enjeux de connaissance technologique de la transition énergétique : comment stocker l’électricité produite pendant les pointes de production pour la consommer lors des pointes de consommation ? Le stockage d’énergie est l’une des solutions pour accroître le déploiement des énergies renouvelables intermittentes au sein d’un réseau électrique efficace et intelligent.

Synthèse des pressions régionales exercées sur les sols Ressources matières

Pour mieux préserver les ressources agronomiques, une meilleure connaissance de la qualité agronomique des sols est un enjeu important pour identifier les espaces agricoles à ne pas urbaniser prioritairement.

En termes de ressources matières, l’enjeu est aujourd’hui de mieux connaitre les modes et voies de valorisation envisageables des gisements de déchets non valorisés à ce jour.

La mise en place du nouveau modèle économique qu’est l’économie circulaire nécessite de développer l’échange et la collaboration entre tous les acteurs des territoires. Depuis plusieurs années l’État, les collectivités, les entreprises et les praticiens ont développé des initiatives et des outils mais les informations existantes sont souvent fragmentaires et dispersées. C’est pourquoi l’Institut de l’économie circulaire, le Centre International de Ressources et d’Innovation pour le Développement Durable (CIRIDD), avec le soutien de l’Agence De l’Environnement et de la Maîtrise de l’Énergie (ADEME) et du Ministère de l’Écologie et du Développement Durable, lanceront à l’automne 2015 economiecirculaire.org, la plateforme nationale sur l’économie circulaire.

Disposer d’un diagnostic stratégique du territoire relatif à l’économie circulaire est important pour que les différents acteurs se coordonnent efficacement dans une perspective commune. Ce diagnostic pourrait utilement :
 Lister les atouts spécifiques du territoire et les ressources locales (matières entrantes, sortantes, etc.) ;
 Identifier les enjeux, les opportunités et les synergies à établir ;
 Les acteurs clés.

Il constituerait un point de départ pour développer l’économie circulaire en région. Des plateformes de connaissance sur les flux de matières au niveau territorial sont notamment nécessaires pour bien comprendre la quantité de matières mises en jeu, puis orienter les actions d’économie circulaire, et suivre leurs effets.

À noter que le CD2E (Création Développement Éco-Entreprises) est une association régionale pour accompagner les acteurs économiques vers l’économie circulaire (cf. page sur la gouvernance relative à la gestion des déchets et à l’économie circulaire).

Zoom1

À noter que le principe de précaution, inscrit dans la constitution française, est un principe d’action dynamique qui doit s’appuyer sur :
 Le meilleur état de la connaissance scientifique, en particulier pour l’analyse des questions de risques ;
 La réalisation de recherches complémentaires tentant de lever les doutes et éclairant les stratégies de préservation à mettre en oeuvre [1].

[1CGDD

La connaissance pour passer à l’action

Analogie avec le temps : une donnée est un élément brut en dehors de tout contexte, une information est une donnée mise en contexte alors qu’une connaissance est une information assimilée pour réaliser une action.

Source : Livre blanc Outils du KM – Panorama, choix et mise en oeuvre, de Gilles Balmisse de Knowledge Consult.