Les paysages

Les référents paysagers et identitaires

Dernier ajout : 29 juin 2016.

Les atlas départementaux du paysage ont distingué plusieurs entités paysagères, chacune composée de manière plus ou moins prégnante d’éléments référents et fortement identitaires. Six grands ensembles référents peuvent être distingués en Picardie.

Éléments identitaires

La région est occupée par de vastes plateaux agricoles (Valois Multien agricole, Plateau Picard, Santerre, Vermandois, Soissonnais, plateau de Thelle) offrant des paysages de vastes étendues agricoles, ouvertes et relativement homogènes. L’habitat est isolé sous forme de grandes fermes à cour ou groupé sous forme de village dominé par un clocher ou un château d’eau. Les villages se présentent sous forme de villages-rue, villages-croix ou villages-courtils ou villages-bosquet (ceinturés de pré-verger, avec parfois leur « tour de ville »). Les mares, anciennement destinées à abreuver les animaux, les usoirs (bandes publiques entre le bâti et la route) et le mail constituent également des motifs identitaires, malgré leur raréfaction.

Les principales cultures sont les céréales, les betteraves sucrières et les pommes de terre.

Pressions et évolutions

Les pratiques agricoles intensives et les remembrements ont contribué historiquement à une certaine banalisation notamment par l’augmentation de la taille des parcelles, la conversion des prairies, l’arasement des haies, la disparition des ceintures vertes autour des villages (notamment dans le Ponthieu et la Picardie Verte)… encore parsemés de villages bosquets. Ce sont dans ces secteurs encore aujourd’hui diversifiés que se font sentir les pressions les plus importantes, en évoluant vers les paysages ouverts voisins (ex. Pays de Chaussée et Picardie Verte en limite du plateau picard).

De même, la pression d’urbanisation est très prégnante aujourd’hui sur les courtils de moins en moins présents.

Éléments identitaires

Dotée d’un relief peu marqué, la Picardie compte un nombre important de cours d’eau de plus ou moins grande importance dont les vallées sont les éléments structurants et dynamisant du paysage. En tête de bassin, les plateaux sont incisés de vallées sèches au relief plus ou moins marqué. Ces vallées, sèches ou non se rencontrent ainsi dans toute la Picardie (hormis les grands plateaux du centre picard), bien que leurs structures diffèrent.

La Picardie dans son ensemble est marquée par un paysage diversifié de vallées et de vallons, occupé par la polyculture (taille moyenne avec culture, sylviculture et élevage), avec un étagement selon la pente et le caractère humide du fond de vallon. Les rideaux arbustifs ou boisés avec des accumulations de terre marquent les limites des parcelles cultivées et étagent les versants. Ponctuellement, sur les pentes, les larris (pelouses calcicoles issues du pastoralisme) subsistent et présentent une valeur écologique importante.

Le bâti est implanté en villages de part et d’autres des versants, avec soit une urbanisation en vis-à-vis avec une urbanisation de fond de vallée (anciens moulins, anciennes fabriques…), ou une implantation sur un seul versant (le mieux exposé).

Les grandes vallées alluviales larges et plates, Oise, Aisne, Somme, Marne… se distinguent par l’ampleur de leur fond, mais conservent les motifs identitaires. Certaines sont toutefois plus marquées par leurs caractères dominants : urbain (Oise creilloise, Amiens), post-industriel et/ou forestier (Oise compiégnoise et noyonnaise).

L’eau, soulignée par ses berges (nues, arbustives ou arborées) ou les milieux naturels humides (marais, prairies humides…) est un autre élément identitaire fort.

Pressions et évolutions

Les fonds de vallée sont marqués par l’installation progressive de peupleraies depuis l’après-guerre jusque dans les années 90, fermant les paysages et pouvant conduire à la disparition de zones humides. Les peupleraies de Picardie (27 000 ha env. en 2009 selon l’IFN – marge de ± 6 000 ha) se localisent notamment dans l’Aisne (jusqu’à 9,4 % des espaces forestiers de production dans l’Aisne) : Aisne et ses petits affluents, canal de l’Oise à l’Aisne, Marne, Clignon, Ourcq, Oise chaunoise, Thérain, Brèche, Arré, Nonette, Automne, Aronde, Matz, Divette, Verse, Troësne, Vionne, Authie, Avre, Omignon, Noye, Selle.

Par ailleurs, la Haute-Somme et d’autres vallées (Ancre, Bresle, Authie, Thérain) sont fortement marquées par la cabanisation (habitat léger de loisirs). Dans le département de la Somme, sur les 3 550 constructions recensées en 1985, 50 % ne bénéficiaient d’aucune autorisation. Dans l’Aisne, sur 15 sites prioritaires, plus de 350 constructions ont été inventoriées en 2002. Le PNR Oise Pays de France recensait en 2008 environ 200 parcelles cabanisées dont 80 situées dans un corridor écologique?. Un accompagnement des communes concernées vise la résorption de ces cabanes, mais sans sollicitation à ce jour.

Les difficultés économiques rencontrées en général par l’élevage et localement une certaine pression foncière (Pays de Bray, Picardie Verte, Clermontois, Noyonais, plateau de Thelles, Vexin, Soissonnais, Vimeu, Bresle, Amiénois, nord de la Somme, Thiérache, buttes de l’Aisne) contribuent aussi à la modification des techniques agricoles et au risque de disparition des herbages et des vergers. Ces phénomènes s’observent également dans les vallons des plateaux ouverts, avec la régression de la diversité de la polyculture. Ces évolutions sont d’autant plus sensibles lorsque la surface des herbages et des vergers est peu importante.

En outre, ces évolutions agricoles sont exacerbées dans les 2ème couronnes des agglomérations et proches des grandes infrastructures, où la pression d’urbanisation ou de développement de zones d’activités est plus forte aujourd’hui. Ces évolutions font également peser des pressions sur les continuités écologiques (Cf. Chapitre ‎A. Biodiversité et fonctionnalités écologiques de l’espace).

Éléments identitaires

A coté des paysages de grandes cultures, des petites régions agricoles au relief plus marqué et orientées vers des productions spécifiques contribuent fortement à la diversité et à la qualité des paysages comme les bocages, notamment dans le Pays de Bray où l’élevage est dominant et en Thiérache, ou les zones viticoles dans la Vallée de la Marne.

Les bocages sont également présents mais de manière moindre dans l’axe « plateau de Thelle, (le Bray), vallée du Thérain, Picardie verte et Vimeu » vers la « vallée de l’Oise noyonnaise, Valois Multien forestier ». Les ensembles prairiaux sont présents également ponctuellement à la faveur des reliefs dans les grands plateaux ouverts.

Pressions et évolutions

La régression du bocage est prégnante dans tous les secteurs et plus particulièrement sur les plateaux et terrasses (arrachage de haies, augmentation de la taille des parcelles, disparition des herbages…). Les milieux ouverts des coteaux se ferment par abandon du pastoralisme.

Éléments identitaires

Les forêts couvrent de 17 % [1] à 20 % [2] du territoire selon les estimations et sont regroupées pour l’essentiel dans l’Oise et l’Aisne, à l’Est de la rivière Oise (plateau du Valois Multien, vallée de l’Oise compiégnoise, plateau du Clermontois). Elles y forment un paysage particulier, véritable continuum boisé avec à la fois des grands massifs forestiers publics au sud de la région (Halatte, Chantilly et Ermenonville, Compiègne, Retz), des bois privés plus à l’est (Tardenois, Brie) ainsi que des buttes boisées au sud-ouest (Vexin-Thelle). Mais de grands ensembles sont également présents dans le Ponthieu (forêt de Crécy), le massif de Saint-Gobain et les collines du Laonnais. Essentiellement fermés, ces paysages présentent des variations selon leur étendue, leur structure en étoile (carrefours et allées de vénerie) et leur relief. L’habitat est de type village-clairière, village de lisière et lotissement diffus plus rarement.

Les paysages boisés se retrouvent sur les reliefs ou les fonds de vallées dans les paysages de buttes, de grands plateaux et de vallées sous forme de nombreux petits ensembles ou plus ponctuels.

Si la principale fonction est la production de bois, la forêt picarde répond également à des fonctions sociale (accueil du public, chasse) et écologique (Cf. Chapitre ‎A. Biodiversité et fonctionnalités écologiques de l’espace). Ce grand corridor forestier est malheureusement de plus en plus morcelé par l’urbanisation, les infrastructures et les autres activités humaines.

Éléments identitaires

Très présents dans la vallée de l’Oise creilloise, compiégnoise, noyonnaise (en relation avec Méru, Senlis, les vallées aval du Thérain et de la Brèche) ou la basse vallée de la Somme et Amiens, les éléments paysagers urbains, industriels et d’activité se retrouvent également dans les autres agglomérations picardes.

Les paysages urbains, industriels et d’activités sont marqués par du bâti dense, mais surtout des bâtiments de grande taille et des aires de stockage desservis par des voies de communication (autoroute, voie ferrée, voie navigable). Historiquement dans les vallées (force hydraulique), ces paysages se développent actuellement sur les terrains plats et également dans les grands plateaux sous réserve de desserte (ex. le Santerre, plaine de Saint-Quentin, vallée de la Troësne, plateau picard…).

Pressions et évolutions

Les paysages urbains sont marqués par une continuité urbaine de la basse vallée de l’Oise à proximité de la région parisienne, jusqu’à Compiègne, puis Noyon et Chauny, dans la vallée de la Somme à partir d’Amiens (rayonnement dans les vallées affluentes et sur les plateaux) et d’Abbeville. La Basse-Somme, le Vimeu et la Bresle connaissent également une pression forte. (Cf. Chapitre ‎J. Développement territorial, aménagement du territoire et déplacements). Les paysages urbains tendent vers une banalisation tant dans les matériaux (Cf. les matériaux et formes identitaires décrits dans les atlas), les formes de construction, que dans l’organisation de l’espace et ce à une échelle nationale.

Éléments identitaires

Les vallées de l’Oise, du Thérain, de la Somme, de l’Aisne, le Vimeu industriel et le Doullennais présentent des paysages caractérisés par le réaménagement ou la requalification à grande échelle d’anciens bâtiments ou sites industriels : anciens sites d’exploitation de granulats ou de tourbes reconvertis en étang de pêche ou zone de loisirs (Cf. Chapitre ‎D. Sols et sous-sols), friches industrielles, anciennes cités ouvrières réhabilitées à des fins d’habitation ou culturelles. Le développement de nouvelles exploitations de granulats prend en compte le réaménagement ultérieur, notamment du point de vue du paysage.

Éléments identitaires

La Picardie possède également une façade maritime de Mers-les-Bains à Fort-Mahon avec sur le plan paysager des éléments littoraux remarquables et diversifiés majeurs (falaises, plages et cordons de galets, dunes, estuaires, polders et Bas-Champs…) scindés par la Baie de Somme. L’originalité de la Côte Picarde réside notamment dans la formation de baies liée à la présence de fleuves côtiers, Somme, Authie et Bresle. Ces paysages accueillent des éléments majeurs du patrimoine naturel picard (Cf. Chapitre ‎A. Biodiversité et fonctionnalités écologiques de l’espace). Historiquement, l’habitat est diffus sur les points hauts ou étiré le long des routes-digues ou en bordure de falaise.

Pressions et évolutions

Les extensions d’urbanisation à partir des zones urbanisées historiques sont sensibles (mitage dans la planéité des bas-champs) et surtout fortement contraintes par le patrimoine naturel ou les risques naturels.

Le littoral picard est caractérisé par une évolution naturelle des paysages (dynamiques d’érosion du trait de côte et ensablement de la baie), mais aussi touristique (flux de fréquentation croissants, notamment dans le massif dunaire) et urbanistique (estompage des coupures d’urbanisation, remontée sur les plateaux de l’arrière-pays), bien que ce littoral reste moins urbanisé que les autres côtes françaises.

[1CLC 2006

[2Agreste, Teruti-Lucas

  • Occupation des sols dans les entités paysagères

    Source : DREAL Picardie à partir des atlas départementaux, occupation de sol selon extraits de BD Carto® - ©IGN Paris 2007 et Corine Land Cover ©SOeS, 2006

  • Ensemble paysagers picards

    DREAL d’après les atlas paysagers (CG 02, CG 60, CG 80)

  • Evolution de l’occupation des sols en Picardie entre 2000 et 2006

    Selon la nomenclature de l’occupation des sols de CORINE Land Cover :

    • les espaces artificialisés recouvrent les zones urbanisées, les zones industrielles et commerciales, les réseaux de transport, les mines, carrières, décharges et chantiers, ainsi que les espaces verts artificialisés.
    • Les milieux naturels comprennent les forêts et milieux naturels (les forêts, les pâturages naturels, les landes et broussailles, les forêts et végétation arbustive en mutation, les plages, dunes et sables, les roches nues), les zones humides (les marais intérieurs, tourbières, les zones intertidales) et les surfaces en eau (les cours et voies d’eau, les plans d’eau, les lagunes littorales, les estuaires, les mers et océans.
    • Les territoires agricoles regroupement les terres arables, les cultures permanentes, les prairies, les zones agricoles hétérogènes (notamment territoires principalement occupés par l’agriculture, avec présence de végétation naturelle importante, territoires agro forestiers).
  • Présence des paysages référents en Picardie

    Source : DREAL Picardie à partir des atlas départementaux