Energie, climat, aménagement et logement

Qualité de l’air d’un bâtiment

, par Elodie Gondran

Les sources de pollutions dans le bâtiment sont nombreuses (humidité, solvants, tabagisme…) . La qualité de l’air intérieure est devenu un enjeu majeur de santé publique. Les experts du Ministère présentent la problématique et proposent des pistes d’actions pour limiter la pollution de l’air intérieur.

7 janvier 2015


Comment définir la qualité de l’air intérieur


L’air est de qualité acceptable s’il ne contient aucun polluant connu à des concentrations dangereuses et si une majorité des occupants n’exprime pas
une insatisfaction ou des malaises durant les périodes d’occupation.
Elle est appréciée selon des critères sanitaires, olfactifs et psychologiques.

Qualité de l’air : les chiffres

Source : campagne OQAI [1]

  • Les français passent en moyenne 16h10 par jour dans leur logement
  • Une inégalité devant la pollution : environ 10% des logements sont multipollués
  • Près de 56% des logements ont un débit minimal extrait non conforme.

Les constats de l’observatoire de la qualité de l’air intérieur :

  • La chambre à coucher est la pièce la plus fréquentée suivie par le séjour/salon et la cuisine
  • Les polluants multiples (chimiques, physiques, microbiologiques) sont présents dans la majorité des logements
  • Une pollution intérieure spécifique et plus forte qu’à l’extérieur
  • En global sur le parc de logements, le renouvellement d’air ne dépend pas des systèmes installés.
  • L’occupant (comportements, usages, conditions de vie, circonstances) joue un rôle aussi important que les performances techniques du bâtiment et des systèmes
  • Les logements les plus récents montrent une meilleure maîtrise des conditions d’aération grâce aux systèmes mécanisés|

Les enquêtes valorisent l’enjeu du maintien d’une bonne qualité de l’air intérieur en particulier dans les logements où les occupants passent la majorité de la journée.
Les systèmes d’aération accusent fréquemment des dysfonctionnements qui limitent fortement leur fiabilité. Le rôle de l’occupant apparaît central dans la lutte contre la pollution de l’air intérieur.


Identifier les sources de pollution et leur impact sanitaire


Les sources de pollution de l’air intérieur externes et internes sont multiples.
Afin d’améliorer la qualité d’air intérieur il est essentiel de limiter les émissions de polluants, en contrôlant les sources.
L’identification des sources permet de mieux contrôler les émissions.

Les sources de pollution de l’air intérieur sont à la fois issues de l’intérieur et de l’extérieur des bâtiments.
Parmi les principales sources externes, on identifie l’ozone, les polluants industriels et automobiles, l’humidité, les polluants agricoles, le pollen.

Les sources internes telles que l’humidité, le gaz carbonique, l’ammoniac, les micro-organismes, les COV, les formaldéhydes, les fibres, les particules, le dioxyde d’azote sont issues de l’activité des occupants, des produits de nettoyage, des ordures, des matériaux de construction, des appareils de combustion et des appareils électroniques.

Schéma des sources extérieures de pollution : Qualité de l’air : les sources extérieures de pollution

Schéma des sources de pollution internes : Qualité de l’air intérieur : les sources de pollution internes


Les spécificités des différentes sources de pollutions :


Les sources de pollutions sont multiples, leurs origines varient et leurs impacts sanitaires diffèrent également.
Chaque source présente des spécificités à prendre en compte.

L’humidité

Différentes sources peuvent contribuer à un excès d’humidité :

  • La condensation
  • L’humidité ascensionnelle
  • Les infiltrations pluviales
  • Des dégâts des eaux
  • Les activités domestiques (cuisine, douches, séchage du linge…)
  • Le métabolisme des occupants (respiration, sudation)

L’impact sanitaire de l’humidité :

  • L’humidité favorise le développement de micro-organismes pathogènes : moisissures, bactéries, acariens…
  • L’humidité favorise l’augmentation des émissions en produits chimiques des matériaux
  • Un air trop humide empêche la sudation
  • Un air trop sec irrite les muqueuses et les yeux

Les composés organiques volatils

Le terme de COV (ou composés organiques volatils) englobe plusieurs centaines de composés chimiques : alcanes, aldéhydes, hydrocarbures, cétone, alcools, éthers…
Les sources sont multiples : matériaux de construction, produits de décoration, d’entretien et de bricolage, ameublement, désodorisants,…

Un projet d’étiquetage spécifique des matériaux est en cours (application au 1er janvier 2012 pour les produits nouvellement mis sur le marché, et au 1er septembre 2013 pour les produits mis sur le marché avant le 1er janvier 2012).

Les fibres minérales et naturelles

Il existe plus de 70 variétés de fibres minérales artificielles : fibres céramiques, fibres de roche, de laitier et de verre…
Certaines sont utilisées pour remplacer l’amiante en isolation thermique et acoustique.

L’impact sanitaire des fibres minérales et naturelles :
La directive européenne relative aux substances dangereuses classe les fibres céramiques parmi les agents irritants ou cancérigènes possibles.
Les laines minérales sont exonérées de tout classement cancérogène et elles ne sont plus classées irritantes pour la peau.

Les nanoparticules

Les nanoparticules sont des objets dont au moins 2 des 3 dimensions dans l’espace sont inférieures à 100 nm.

L’impact sanitaire des nanoparticules est mal connu, les études d’impact sanitaire des nanotechnologies restant encore très limitées.
Du fait de leur très petite taille, elles peuvent susciter une réaction biologique et présenter un danger. Il n’existe pas actuellement suffisamment de données pour évaluer le risque réel pour la santé de l’homme mais de multiples arguments indiquent l’existence d’une réactivité biologique particulière. Cette réactivité cellulaire et tissulaire peut constituer un danger chez l’homme si celui-ci est exposé par inhalation, ingestion ou passage transcutané, à ces particules.

Pour avoir plus d’information, consulter le rapport ministériel "Nanotechnologies, nanoparticules. Quels dangers, quels risques ?" réalisé en mai 2006 (format PDF, 2.5 Mo).

Les bio-contaminants

Les bio-contaminants sont des agents allergiques ou infectieux qui se concentrent dans les moquettes, les revêtements muraux, les matériaux d’isolation, les installations sanitaires, les circuits de distribution d’eau et les systèmes de climatisation.
Parmi les bio-contaminants on identifie :

  • Les moisissures
  • Les bactéries
  • Les virus
  • Les allergènes des animaux domestiques ou des blattes.

L’impact sanitaire des bio-contaminants :
Il existe un lien probable entre la bio-contamination de l’air et des manifestations pathologiques.

La poussière, en particulier, est un complexe de polluants. Mélange de débris d’origine végétale et animale, de corps d’insectes, d’acariens, de squames humains, de poils d’animaux, de spores de moisissures, de bactéries, elle contient une grande diversité de contaminants ayant chacun une nocivité potentielle spécifique.


L’étiquetage des produits de construction


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Depuis le 1er janvier 2012, les produits de construction et de décoration sont munis d’une étiquette qui indique, de manière simple et lisible, leur niveau d’émission en polluants volatils. Le niveau d’émission du produit est indiqué par une classe allant de A+ (très faibles émissions) à C (fortes émissions), selon le principe déjà utilisé pour l’électroménager ou les véhicules.

La classe d’émission est affichée au regard de 11 paramètres (formaldéhyde, acétaldéhyde, toluène, tétrachloroéthylène, xylène, 1,2,4-triméthylbenzène, 1,4-dichlorobenzène, éthylbenzène, 2-butoxyéthanol, styrène, COV totaux).

Nature Plus et Ange bleue sont des éco-labels de référence qui intègrent les émissions des matériaux isolants, peintures, dérivés du bois, revêtements de sol, ciments et mortiers.

Pour en savoir plus, consultez l’article dédié à l’étiquetage des émissions en polluants volatils des produits de construction et de décoration sur le site internet du ministère en charge du logement.


Agir pour réduire la pollution de l’air intérieur


Réduire les risques pour la santé est possible.
Trois actions pour réduire la pollution de l’air intérieur :

  • Limiter les sources de pollution
  • Ventiler
  • Aérer de façon régulière

Le rôle de la ventilation :

Une forte étanchéité du bâtiment ne participe pas au renouvellement de l’air intérieur.
Un système de ventilation performant peut aller à l’encontre des préconisations en terme d’amélioration de la qualité de l’air intérieur (double flux et message de non ouverture des fenêtres par exemple). La mise en place de systèmes de renouvellement d’air et d’aération performant devient primordial. Il demande un entretien régulier pour garantir un fonctionnement de long terme et offrir un caractère sain.

Comportements à adopter

  • Employer des matériaux de construction aux normes NF Environnement ou dotés de l’Eco-Label européen pour réduire les sources de pollutions de l’air intérieur (Cf. eco-labels Nature Plus et Ange bleue).
  • Ne pas hésiter à ouvrir les fenêtres (5 mn trois fois par jour plutôt qu’une fois 15 mn)
  • Éviter d’utiliser des produits d’entretien à vaporiser
  • Aérer après avoir passé l’aspirateur
  • Nettoyer régulièrement les bouches d’aspiration et les bouches d’entrée d’air
  • Après travaux de décoration ou nouvel ameublement, bien aérer quotidiennement pendant quelques mois
  • Dans les pièces humides, prévoir une ventilation performante
  • Les portes intérieures du logement doivent permettre de laisser passer l’air : détalonnage de 1 cm environ
  • Au remplacement des fenêtres, penser à choisir des fenêtres avec une réglette d’entrée d’air.

Ce qu’il ne faut pas faire

  • Ne pas obturer les entrées d’air dans les pièces principales comme le font 60% des habitants en collectif
  • Ne pas arrêter la VMC la nuit comme le font 44 % des usagers
  • Ne pas installer la VMC en réhabilitation sans une étude correcte de mise en place.

Pour en savoir plus, lire le Guide de la pollution de l’air intérieur, établi par le ministère en charge de la santé et l’Inpes en avril 2009 (format PDF, 1.2 Mo), accessible aussi depuis le site internet du ministère en charge du logement.


Source : Colloque Efficacité Énergétique, Bâtiment et Santé : le juste équilibre
Lille Grand Palais, le 25 octobre 2012 (salon ProjeCt), Intervention d’Olivier Lemaître, Pôle Qualité Sanitaire des Bâtiments / CETE Nord-Picardie

Notes

[1campagne OQAI (Observatoire de la qualité de l’air intérieur) : campagnes d’enquête menées sous la tutelle du ministère de l’écologie depuis juillet 2001 dans les logements, les écoles et plus récemment, dans les crèches.