La Hottée du Diable

, par Christelle Sevel

JPEG - 27.3 koA Coincy-l’Abbaye, au sommet d’une butte tertiaire oubliée par l’érosion diluvienne, au temps de la fonte des grands glaciers qui couvraient l’Europe du Nord, les pluies ont dégagé petit à petit, au fil des siècles, de grands blocs de grès qui s’étaient formés, en des temps plus anciens encore, au sommet de dunes de sables littoraux, baignées par une mer surchauffée.


JPEG - 23.2 koLà, ces blocs mis au jour dévoilèrent des formes fantastiques, dont la légende ne tarda pas à s’emparer : qu’en des sables si fins, insaisissables, puissent apparaître de si grosses pierres, dures, aux formes tellement étranges, à cela les puissances surnaturelles et mauvaises redoutées dans les temps qui précédèrent l’Histoire y étaient nécessairement pour quelque chose, et la tradition orale transmit sans doute de génération en génération une invitation à redouter ce lieu. Quand bien plus tard les chants des moines couvrirent la vieille Terre de France de leurs antiennes invoquant la protection céleste contre les entreprises du Malin, c’est bien entendu à l’intervention des griffes de fournaise de Celui-ci, pétrissant les sables, que fut attribué ce chaos étonnant, lequel prit alors le nom qui lui est resté : la Hottée du Diable …


JPEG - 18.5 ko Eminemment pittoresque, offrant de plus de magnifiques perspectives sur le Tardenois, ce site, qui est le site naturel le plus visité de l’Aisne, géré par le Conservatoire des Espaces Naturels des Hauts-de-France, est également le refuge d’espèces végétales et animales en régression, notamment la callune qui, à la fin de l’été, couvre les sables de sa belle parure rose.
Ici jouèrent enfants, venant de Villeneuve-sur-Fère tout à côté, Louise, Paul et Camille Claudel, l’aînée sage et les futurs géants de la Littérature et des Arts, bouleversant peut-être, en leurs poursuites bruyantes, quelques unes des preuves de la naissance en ce lieu, dix millénaires avant notre ère, d’une nouvelle civilisation, le Mésolithique, qu’Emile Taté mit là en évidence, en 1885.

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