Ambiances paysagères
Des paysages taillés aux corbeaux
- Les haies sont taillées
tous les ans et les arbres
suivant un rythme plus
long de dix ans environ,
- Les charmes têtards
présentent une belle
forme de boule, qui
donne l’illusion d’une
taille complète du
houppier,
- Les paysages avesnois
appellent la métaphore
du jardin tant l’esprit et
la main de l’homme y
sont sensibles.
« Au bout du monde »
Le long département
du Nord s’achève au
Sud de Fourmies à
plus d’une centaine
de kilomètres de la
capitale régionale. Le
sentiment d’isolement,
d’enclavement est fort
en Avesnois, peut-être
d’autant plus que la
région bénéficie d’un
riche et ramifié réseau
d’infrastructures. L’axe
de la vallée de la Sambre
et l’antique voie Nord/
Sud, « raccrochent »
cependant l’Avesnois
à ses deux horizons
économiques : les villes
nordistes d’une part et
Paris, via Saint-Quentin
ou Reims, d’autre part.
Le bocage avesnois est principalement composé de
haies coupées à hauteur d’homme et d’arbres taillés en
têtards. Les chemins sillonnent ainsi dans une maille
tissée d’aubépines et de charmes. Ces paysages génèrent
des sentiments très contrastés : certains y trouvent une
protection chaleureuse et rassurante, tandis que d’autres,
avides de lointains, y souffrent d’enfermement. Il s’agit très
certainement d’un paysage de « l’intérieur », ou l’on peut
cultiver le repli sur soi et l’introspection davantage que la
quête d’absolu dans un ailleurs accessible du regard. Le
bocage est, à l’instar du coeur des villes médiévales, un
paysage aux vues étroites et très cadrées, tel un immense
terrain de jeu de cache-cache, ou le voisin est présent mais
invisible, et l’étranger aussitôt remarqué. C’est l’image du
labyrinthe qui vient à l’esprit en terre avesnoise, tant les
trajets ne peuvent s’opérer « à vue » et sans l’aide d’une
bonne carte.
Vers le Sud et vers l’Est, le relief se fait plus ample et élevé,
le climat plus rude, l’isolement plus intense… Les paysages
gagnent une dimension « montagnarde », que ne démentent
pas les Ardennes toutes proches. Ainsi, l’Avesnois tout
entier, regardé depuis le Sud et non pas depuis le Nord,
peut se lire comme un pays de piémont, une marche vers
les frimas ardennais.
Les forêts sont essentielles à ces paysages d’arbres.
Massives comme Mormal ou effilochées comme les
massifs frontaliers des Fagnes, les forêts sont denses
et profondes. l’Est, les hautes silhouettes se reflètent
dans les miroirs d’eau des étangs ; tandis que dans les
passes orientées d’Est en Ouest, étroits passages entre la
France et la Belgique, les villages se dressent comme des
gardiens. Mormal est la seule forêt régionale à abriter en
son sein un village tout entier. Locquignol, le mystère de
la forêt y gagne une autre dimension, celle de ces habitants
qui s’endorment au milieu des arbres, remettant leur souffle
à celui du vent dans les frondaisons. La lisière Ouest de la
forêt, comme coupée au couteau s’oublie vite dans l’ombre
de la sylve ; Mormal donne ses lettres de noblesse à la forêt
en région Nord - Pas-de-Calais.
Rares sont les visiteurs qui ne s’émerveillent pas de ses
infinies variations végétales, plus rares encore ceux qui
percoivent derrière le potentiel d’images positives dont
dispose le bocage, sa fragilité, son lent délitement, sa difficile
adaptation aux conditions agricoles contemporaines.