Biodiversité, milieux naturels et paysages

Une diversité d’espèces menacée du fait de l’évolution défavorable des habitats

la diversité de milieux présents en région Nord ?- ?Pas-de-Calais, correspond une grande diversité d’espèces, qui, pour nombre d’entre elles, sont en limite septentrionale de leur aire de répartition.

La conjonction de la position géographique privilégiée en Europe de l’Ouest, de la structure topographique, et des activités humaines intenses, très anciennes, toujours dynamiques, favorisent la diversité d’habitats, y compris des habitats de substitution.

Le Nord ?- ?Pas-de-Calais compte ainsi 360 zones naturelles d’intérêt écologique, faunistique et floristique (ZNIEFF) qui couvrent environ 40 ?% du territoire régional. En zone maritime, la fréquentation des mammifères marins augmente ? : les phoques veaux marins mettent bas au large de Dunkerque et le détroit est la zone des eaux françaises la plus fréquentée par les marsouins. Le détroit du Pas de Calais est aussi un couloir de migration majeur emprunté par plus de 260 espèces d’oiseaux, entre les régions des hautes latitudes septentrionales et l’Europe du Sud ou l’Afrique.

Mais, si le nombre d’espèces que l’on peut rencontrer dans la région est important, leurs populations (en particulier pour la faune) sont rarement abondantes et stables en raison des caractéristiques défavorables de beaucoup d’habitats, comme leur répartition, leur superficie restreinte et l’action humaine permanente de transformation. Cette évolution rapide de milieux répartis en mosaïques est une donnée essentielle pour interpréter correctement l’évolution et la fragilité des espèces. Ces différents facteurs amènent une banalisation des milieux qui favorisent l’installation d’espèces ubiquistes et rudérales, aux dépends des espèces représentatives des conditions environnementales régionales.

Une flore indigène régionale menacée

La flore vasculaire sauvage de la région compte environ 1 ?700 espèces, dont 1 ?450 indigènes (non échappées de culture, naturalisées ou adventices). C’est une richesse comparable aux régions et pays de plaines voisins. Cette flore est néanmoins originale et le Nord ?- ?Pas-de-Calais abrite des espèces spécifiques comme la violette de Curtis, dont elle est le bastion, le liparis de Loesel et l’ache rampante, espèce d’intérêt communautaire dont elle abrite les principales populations, ou encore l’obione pédonculée, la prêle panachée ou la gagée à spathe.

Les espèces aquatiques sont très représentatives de la flore régionale avec deux tiers de la flore aquatique française présente. Mais cette flore subit d’importantes régressions qui aboutissent à l’extinction de nombreuses espèces. Parmi les causes de cette régression, on peut citer ?l’eutrophisation excessive et généralisée, les pollutions diverses, l’artificialisation des milieux, l’utilisation généralisée des produits phytosanitaires, les drainages intensifs, la pression touristique, la cueillette et l’arrachage, l’introduction d’espèces et la fragmentation des milieux de vie. Ainsi 59 ?% de la flore indigène régionale est menacée à long terme et plus d’un quart (26 ?%) est menacé à court ou moyen terme. On peut considérer que dans la région, 122 espèces indigènes ou naturalisées de longue date ont disparu. Ce sont par ordre d’importance les cultures et les espaces anthropisés, les milieux acides, les zones alluviales et les milieux calcicoles qui ont accusé le plus grand nombre de disparition d’espèces. Les milieux littoraux, tourbeux et bocagers ont en revanche perdu relativement peu d’espèces.

Une grande diversité de mammifères à mieux connaître et à protéger

La région accueille 84 espèces de mammifères [1] aussi différentes que les chauves-souris, les phoques, les cervidés, etc. 35 espèces sont inscrites sur la Liste rouge régionale. Quelques espèces prestigieuses fréquentent les milieux terrestres, surtout forestiers, comme le cerf élaphe, la martre, le muscardin, le chat sauvage. Le milieu marin accueille une petite population de phoques veaux-marins et est une zone importante de passage des phoques gris et des marsouins.

Au moment des migrations ou en hivernage, de nombreuses espèces de mammifères utilisent les milieux régionaux (marins, terrestres, aériens). Des espèces peu communes de chauves-souris et de mammifères marins ont été observées. Parmi les espèces possédant des populations remarquables quantitativement, on retiendra le lièvre d’Europe, particulièrement abondant sur les plateaux. En ce qui concerne les espèces en limite d’aire, on remarque une forte population de campagnol terrestre.

La loutre est considérée comme disparue. La plupart des chauves-souris sont caractérisées comme étant « ?en danger ? », « ?vulnérables ? » ou « ?rares ? ».

Oiseaux nicheurs ? : une variété de nombreuses espèces liée à celle des habitats

La région accueille plus de 170 espèces d’oiseaux nicheurs [2] aussi différents que les pétrels, les cigognes, les faucons, les chouettes, les pics ou les passereaux, soit environ 60 ?% de l’avifaune française.

Plus de cent espèces sont inscrites sur la « ?Liste rouge ? » régionale. Plusieurs espèces prestigieuses nichent dans la région, comme le grand-duc d’Europe, le plus grand rapace nocturne du monde, ou la cigogne noire, hôte des grandes forêts tranquilles.

Beaucoup d’espèces ont des effectifs nicheurs très faibles. L’instabilité de beaucoup d’espèces en limite d’aire ou aux tendances démographiques défavorables est caractéristique d’une région ou les habitats sont eux-mêmes instables, en raison de la pression des activités humaines. Les espèces dont la situation est la plus défavorable sont celles utilisant les milieux humides, et notamment les prairies humides et les roselières (butor étoilé, blongios nain, bécassine des marais, courlis cendré, barge à queue noire, marouette ponctuée, tarier des prés, rousserolle turdoïde, locustelle luscinioïde). Depuis quelque temps, certaines populations de passereaux nichant dans les cultures connaissent des déclins alarmants comme l’alouette des champs ou le bruant proyer.

Des espèces (ou sous-espèces) ont des effectifs remarquables au niveau français, comme le busard des roseaux, la perdrix grise, le vanneau huppé, le grand gravelot, la bécasse des bois, la sterne caugek, le goéland cendré, la bergeronnette de yarrell, la bergeronnette flavéole, l’hypolaïs ictérine ou la rousserolle verderolle. En ce qui concerne les espèces en limite d’aire, il y a deux cas remarquables de chevauchement d’aires de reproduction ? : celles de l’hypolaïs ictérine et de l’hypolaïs polyglotte ? ; celles de la bergeronnette printanière type et de la bergeronnette flavéole. Un autre phénomène peu banal au niveau européen, et même mondial, concerne la reproduction des trois espèces de busards dans les mêmes espaces cultivés, notamment en Cambrésis.
Thierry Tancrez

Oiseaux de passage ? : des habitats à préserver pour maintenir les mouvements migratoires

Idéalement placée dans le couloir de migration le plus fréquenté d’Europe de l’Ouest, la région est traversée par des millions d’oiseaux appartenant à plus de 400 espèces représentant toutes les familles et tous les ordres d’oiseaux européens. Des ornithologues spécialisés ont même réussi à identifier de nombreuses espèces appartenant aux faunes asiatiques, méditerranéennes, africaines et américaines ?! C’est la configuration particulière de la côte qui favorise la concentration de ces espèces déroutées de leurs voies normales de migration.

La migration a lieu aussi bien de jour que de nuit. Des mouvements migratoires sont décelables toute l’année, en raison de la diversité des espèces concernées. Une fraction non négligeable de ces millions d’oiseaux migrateurs se pose sur la mer ou à terre pour se reposer ou chercher de la nourriture. Les haltes de ces oiseaux durent de quelques minutes à quelques jours, parfois plus. Grâce à son climat doux en hiver, la région est une zone d’hivernage importante pour certaines espèces d’oiseaux, aussi bien en mer qu’à l’intérieur des terres.

Les vastes espaces cultivés sont très attractifs en raison de leur tranquillité, une fois la chasse « ?de plaine ? » fermée. Les espèces les plus remarquables sont les vanneaux huppés qui se rassemblent parfois par milliers, les laridés qui se reposent ou font leur toilette dans les champs isolés, les goélands cendrés qui chassent sur les plateaux de l’ouest de l’Artois par centaines, les busards Saint-Martin et les hiboux des marais qui se regroupent en dortoirs collectifs lorsque les campagnols sont abondants, les faucons émerillons qui chassent les passereaux.

Dans les paysages « ?intermédiaires ? », les grives litornes et les grives mauvis se rassemblent en grand nombre dans les dunes à argousiers ou les bocages à aubépines. Lorsque la production de glands ou de faines a été bonne, des milliers de pigeons ramiers et de pinsons des arbres s’installent dans les forêts.

Amphibiens et reptiles ? : des espèces en régression

Les amphibiens figurent parmi les premières victimes de la destruction et de la contamination des zones humides. Plusieurs espèces ont ainsi disparu de la région (sonneur à ventre jaune, pélobate brun, etc.). La plupart des autres sont en régression ou menacés dans la région avec une réduction de leur aire de distribution. Des espèces présentes sont menacées à l’échelle européenne, comme le triton crêté, voire mondiale comme la rainette verte. Les tourbières alcalines de la Scarpe hébergent l’une des deux populations françaises de grenouilles des champs.

Notes

[1- De 22 familles regroupées dans 9 ordres.

[2- de 50 familles regroupées dans 19 ordres.

Portfolio

Source  : DIREN Nord - Pas-de-Calais - 2006.

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