Dynamique urbaine

La gestion économe de l’espace  : un enjeu majeur

La consommation de l’espace notamment par l’étalement urbain, qui se poursuit encore aujourd’hui dans la région, a des impacts négatifs sur la qualité de l’environnement et le cadre de vie : diminution et fragmentation des espaces naturels et des paysages ruraux, banalisation des paysages, augmentation des déplacements et donc des consommations d’énergie (contribution à l’effet de serre et atteintes à la qualité de l’air), etc. La limitation de l’étalement urbain et une gestion plus économe de l’espace sont donc des enjeux majeurs pour la région.

Limiter l’étalement urbain en poursuivant le recyclage du foncier et le renouvellement urbain

La maîtrise de l’étalement urbain et la lutte contre le mitage du territoire passent notamment par le « recyclage » des espaces dégradés ainsi que par la reconstruction « de la ville sur la ville ». En effet, l’abandon ou le déplacement des activités économiques s’est traduit par la présence de nombreuses friches dans la région : au début des années quatre-vingt-dix, 10 000 hectares étaient recensés, soit environ 8 % du territoire régional et près de 50 % de la surface nationale. Affrontant ce lourd héritage industriel, le Nord - Pas-de-Calais a mené une politique active de résorption des friches industrielles, en créant l’Établissement public foncier, qui a été désigné maître d’ouvrage de la requalification des friches. Ainsi, c’est plus de la moitié de la surface des friches qui a été requalifiée.

Si les très grandes friches minières et sidérurgiques ont aujourd’hui disparu, ce n’est pas le cas d’espaces dégradés en zones urbaines, moins étendus mais plus sensibles sur le plan de l’environnement et donc plus complexes à traiter. Après l’effort porté sur les grandes friches, les acteurs (collectivités, EPF, SAFER, etc.) s’organisent donc pour mener une politique foncière coordonnée sur ces sites dégradés, dont l’imbrication dans le territoire bâti des agglomérations est souvent complexe, contribuant ainsi au renouvellement urbain [voir paragraphe « Renouvellement urbain »].

Conséquence de la disponibilité réduite du foncier sur un espace régional déjà fortement consommé, le coût du foncier a connu une forte augmentation au cours des dernières années. Ce phénomène incite au réinvestissement des sites pollués. Fédérant les acteurs publics et privés, le pôle de compétence « Sites et sédiments pollués », créé au sein de l’EPF, constitue aujourd’hui un outil technique et d’aide à la décision au service de la requalification des sites pollués.

Le schéma régional d’aménagement durable du territoire (SRADT) réaffirme de manière forte l’intérêt du recyclage du foncier et du renouvellement urbain pour la lutte contre l’étalement urbain et la gestion économe de l’espace. Les schémas de cohérence territoriale (SCOT) en cours d’élaboration doivent également mettre en avant ces principes d’aménagement.

Préserver l’agriculture périurbaine

Si les zones agricoles et naturelles ont été victimes de l’artificialisation, le Nord - Pas-de-Calais reste une grande région agricole, avec une surface agricole utilisée qui couvre environ 70 % du territoire en 2004. Les zones naturelles ne représentent aujourd’hui que 13 % du territoire, soit deux fois moins que la moyenne nationale, mais leur surface a connu une légère augmentation entre 1993 et 2004 [1].

Sur la quasi-totalité du territoire régional, l’espace urbain est ainsi lié de manière très étroite à l’espace rural : les espaces ruraux font en effet partie du cadre de vie et de l’identité régionale, y compris pour les urbains, car ils sont fortement imbriqués aux zones urbanisées et assurent des fonctions diversifiées : production agricole, maintien de la diversité des paysages, mais également production d’aménités, usages récréatifs. En effet, avec seulement 13 % d’espaces naturels, la région n’offre à la population que peu d’espaces non urbanisés [2]. Dans ce contexte, les zones agricoles, insérées au sein des zones urbaines, constituent les espaces « de respiration » qui structurent et ouvrent le paysage.

La pression urbaine constitue une menace pour ces espaces. C’est notamment le cas aux abords de l’agglomération lilloise, c’est pourquoi son schéma directeur prévoit de conserver pour l’agriculture au moins 50 % du territoire, soit 44 000 hectares en 2015. Les dynamiques actuelles d’élaboration des schémas de cohérence territoriale (SCOT) et de développement des pays, englobant l’urbain et le rural dans un même projet de développement, sont essentielles. En facilitant l’émergence d’un projet partagé de territoire, elles doivent favoriser une gestion plus économe de l’espace et le maintien de l’agriculture périurbaine.

Rechercher un aménagement équilibré de la zone littorale qui est soumise à de fortes pressions

Le littoral du Nord - Pas-de-Calais est la deuxième région côtière française la plus densément peuplée (près de 700 hab./km2) après la région Provence - Alpes - Côte d’Azur. Deux zones de peuplement se distinguent de part et d’autre du cap Gris-Nez : la plaine littorale de Calais à Dunkerque et le sud de la Côte d’Opale, de Boulogne-sur-Mer à Berck.

Le littoral présente une proportion de territoires artificialisés supérieure à la moyenne régionale, ceci jusqu’à 5 à 6 km de la côte. On ne retrouve ces valeurs qu’aux abords de l’agglomération lilloise. L’analyse des zones urbanisables dans les plans d’occupation des sols (POS) et plans locaux d’urbanisme (PLU) des 36 communes du littoral laisse présager une poursuite de l’urbanisation et donc de l’augmentation des surfaces artificialisées. L’évolution de la surface construite entre 1990 et 2006 s’élève à + 14 %.

La côte est donc désormais un grand ensemble urbain, auquel s’ajoute la présence de grandes infrastructures majeures (tunnel sous la Manche, autoroute A16) et d’activités industrielles (notamment la zone ­industrialo-portuaire de Dunkerque qui s’étale sur plus d’une dizaine de kilomètres). Néanmoins, le littoral régional comprend également une forte proportion d’espaces dits naturels, qui sont importants tant du point de vue de leur surface que du point de vue de leur intérêt écologique. Ce caractère encore préservé et naturel de certains secteurs, ainsi qu’une accessibilité toujours plus grande, ont contribué au développement du tourisme et de la villégiature, pression supplémentaire s’exerçant sur la zone littorale. Par ailleurs, les espaces ­disponibles encore nombreux et le prix du foncier moins important qu’en Flandre belge font de ce territoire un secteur recherché, avec une pression foncière de plus en plus forte.

Si la structure de l’utilisation du sol du littoral Nord - Pas-de-Calais est semblable à celle des littoraux des autres régions françaises, la diversité des modes d’utilisation - habitat, activités industrielles et portuaires, tourisme, espaces naturels - lui confère néanmoins un caractère spécifique. L’aménagement équilibré de cet espace littoral est un enjeu régional qui doit être traité à l’occasion de l’élaboration des SCOT et des PLU : ces documents de planification devront être à même de maîtriser l’urbanisation et l’artificialisation, notamment dans la perspective du changement climatique et d’assurer un équilibre entre les différents usages du littoral.

Notes

[1- Source : base de données EIDER de l’Institut français de l’environnement (IFEN).

[2- La région se situe au dernier rang des régions françaises pour la surface forestière pour mille habitants : environ 21 ha contre une moyenne nationale de 235 ha (Inventaire forestier national).

Portfolio

Source  : Les éco-potentialités des sols, étude Biotope, 2008. Source  : Sigale 90-05. Source  : Corine Landcover 2000.

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