Agriculture et pêche

Des actions à poursuivre pour lutter contre la banalisation des paysages et la régression de la biodiversité

Une contribution à la variété et à l’ouverture des paysages, des milieux « ordinaires » qui peuvent participer à la biodiversité

Par la diversité des systèmes de production, l’activité agricole participe à la variété et à la spécificité des paysages du Nord - Pas-de-Calais : plaines de grandes cultures, paysages de prairies humides, bocage, cultures maraîchères etc. Les espaces agricoles permettent une alternance de paysages ouverts et fermés et participent au maintien de territoires ruraux dans un territoire densément peuplé. En milieu urbain, les espaces agricoles offrent des lieux de promenade et de détente de plus en plus demandés. Les paysages variés et les services développés par les agriculteurs (chambre d’hôte…) contribuent au développement du tourisme rural.

L’agriculture peut jouer un rôle dans la préservation de la biodiversité ordinaire notamment à travers les zones de délaissés, les bosquets, talus, banquettes herbeuses qui peuvent constituer des habitats intéressants. Dans les systèmes bocagers, les réseaux de haies peuvent constituer des supports de corridors biologiques, de même que les réseaux de fossés dans les territoires drainés, en fonction de leur végétalisation et du mode d’entretien [voir chapitre « Biodiversité, patrimoine naturel et paysages »].

Des paysages qui se banalisent, une régression de la biodiversité liée à l’intensification de l’agriculture

L’intensification des pratiques agricoles a conduit à une banalisation des paysages et de la biodiversité : régression des prairies humides au profit des grandes cultures et des peupleraies, abandon de prairies sèches jadis pâturées en raison de la déprise agricole qui conduit à une fermeture progressive de ces milieux par des boisements et à l’homogénéisation des paysages. L’utilisation importante de produits phytosanitaires et l’eutrophisation des milieux liée à l’utilisation d’intrants entraînent également une érosion et une banalisation de la biodiversité (espèces messicoles notamment) [voir chapitre « Biodiversité, patrimoine naturel et paysages »].

Les surfaces d’herbe permanente (- 36 % de 1980 à 2005) et les haies (- 3 % entre 1993 et 2001) continuent à régresser.
Quant au drainage, qui peut entraîner localement la disparition de certains milieux humides remarquables, il a progressé : + 13 % de la SAU drainés entre 1988 et 2000.
Retournées et drainées, les prairies humides permettent l’installation de cultures, notamment de maïs, qui s’accompagne d’une banalisation des paysages. L’abandon de la gestion traditionnelle de fauche et du pâturage extensif au profit de l’intensification continue de l’élevage se traduit par une diminution de la diversité floristique et la disparition des caractéristiques biologiques des prairies humides. La régression de la valeur écologique des prairies restantes a été constatée dans le cas du Bas Escaut par exemple. Lorsque l’exploitation de la prairie est abandonnée, elle est rapidement colonisée par les roseaux, les carex, les jeunes arbustes et nécessite une gestion écologique. Sans celle-ci, une dynamique forestière commence alors à se développer conduisant à une fermeture progressive de ces milieux. Les prairies humides peuvent également être transformées en peupleraies ou creusées pour aménager des espaces de pêche ou de chasse. Les prairies humides transformées en peupleraies sont généralement des petites parcelles (répartition « en timbres postes »). Cette fermeture et ce mitage du paysage peuvent alors entraîner une diminution de l’avifaune (les oiseaux perdant une aire de nidification et de gagnage [1]).

Une forte implication des parcs naturels régionaux

La question des rapports entre l’agriculture et l’environnement s’avère difficile sur les territoires ou des facteurs physiques (présence de haies ou de zones humides, topographie mouvementée, etc.), favorables à la biodiversité et à la variété des paysages, sont préjudiciables à la performance en matière de production agricole.

Outre les mesures mises en œuvre dans le cadre de la politique agricole commune [voir plus loin], localement, des actions sont conduites pour accompagner les agriculteurs et les inciter à maintenir des éléments intéressants ou spécifiques du paysage et qui contribuent à la biodiversité. Le parc naturel régional (PNR) de la Scarpe et de l’Escaut se préoccupe, par exemple, de la succession des exploitations pour que les terres abandonnées ne soient pas vouées à la populiculture.
Sachant qu’un petit parcellaire a tendance à être boisé, le parc veille à la rentabilité du nouveau parcellaire défini lors des aménagements. Dans l’Avesnois, le parc s’est doté d’un plan « bocage » qui a pour objectif de préserver les paysages en favorisant des pratiques agricoles respectueuses de l’environnement (maillage de haies, entretien des mares prairiales, vergers hautes tiges, chemins ruraux, etc.). Quant au parc des Caps et marais d’Opale, il est confronté à la préservation du bocage et des prairies humides (vallée de la Slack, marais Audomarrois, marais de Tardinghen, etc.) mais aussi à celle des pelouses sèches sur coteaux calcaires. Les trois parcs naturels régionaux de la région, qui ont mis en œuvre des programmes d’action visant à accompagner les différentes politiques agricoles en faveur de l’environnement, sont moteurs dans ce domaine. La révision des chartes des PNR, engagée pour deux d’entre elles en 2007, et à venir pour la troisième, sera l’occasion de confirmer et de renforcer l’implication des parcs pour les actions de maintien de la biodiversité et de la qualité des paysages en partenariat avec les agriculteurs.

La préservation d’un patrimoine génétique régional issu de l’activité agricole

Le Centre régional de ressources génétiques (CRRG) a été créé en 1985 au sein d’Espaces naturels régionaux (ENRx) avec comme mission principale de garantir sur le long terme la biodiversité des espèces domestiques du Nord - Pas-de-Calais issues du domaine végétal et animal (équidés, bovins, ovins, volailles, variétés de fruitiers et de légumes, etc.).

Les inventaires menés depuis sa création ont mis en évidence la très grande diversité des variétés fruitières du Nord - Pas-de-Calais et le risque, à court terme, d’en voir disparaître un très grand nombre. Pour sauvegarder ce patrimoine et l’évaluer, des échantillons ont été prélevés et un verger conservatoire régional a été créé. Grâce à l’action du CRRG, 1 100 variétés de pommes, 490 de poires, 150 de prunes et 170 de cerises sont désormais conservées sur une douzaine d’hectares répartis en trois sites (Villeneuve-d’Ascq, Armbouts-Cappel et Le Quesnoy).

La collecte de graines et de légumes anciens a également été entreprise. Une collection régionale d’une centaine de semences et d’une trentaine de légumes à multiplication végétative a ainsi été créée [2].

Le CRRG travaille également à la conservation des races régionales. Il a notamment relancé l’élevage du mouton boulonnais. Cette race, bien adaptée au contexte régional comme le pâturage des pelouses calcaires dans le PNR Cap et marais d’Opale, produit des agneaux lourds dont la qualité de la viande est reconnue par les bouchers et les consommateurs. Les éleveurs ont repris confiance et le cheptel augmente progressivement. Par ailleurs, les races bovines bleue du Nord et rouge flamande se maintiennent.
La situation est plus critique pour les deux races locales de chevaux de trait que sont le boulonnais et le trait du Nord.

Pour sensibiliser les habitants et les collectivités aux enjeux liés à la conservation de ce patrimoine, le CRRG développe également chaque année différentes actions qui impliquent directement les habitants comme par exemple l’opération « Plantons le décor ». Ceux-ci se voient offrir la possibilité d’acquérir, auprès de pépiniéristes locaux agréés, des anciennes variétés reconnues pour leur rusticité et des essences locales afin de les réintroduire dans leur cadre de vie quotidien, participant ainsi à la lutte contre la banalisation des paysages ruraux.

L’élevage d’animaux appartenant à des races locales et menacées de disparition est encouragé par des mesures agro-environnementales (MAE) du programme de développement rural hexagonal 2007-2013. Sont concernées : la bleue du Nord, la rouge flamande et la boulonnaise pour les races bovines et ovine, le trait du Nord et le boulonnais pour les races équines. Des MAE sont également prévues pour la conservation et la réintégration, dans la sole, de variétés végétales anciennes, menacées d’érosion génétique, recensées par le CRRG. Celles-ci recouvrent des variétés de légumes, de fruitiers (pommiers, poiriers, cerises, prunes) et une plante médicinale.

Notes

[1- Lieu ou les oiseaux trouvent une ressource alimentaire.

[2- La conservation et la valorisation reposent sur un réseau régional animé par le CRRG : le Conservatoire botanique national de Bailleul stocke les lots de semences, le Pôle légumes région Nord effectue la mise en culture des variétés à multiplication végétative (bulbes d’ail, échalotes, etc.) et la multiplication des semences chaque fois que nécessaire.

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