Agriculture et pêche

Une interaction forte avec la qualité de la ressource en eau  : la nécessité de contribuer à sa préservation

L’activité agricole a recours à l’utilisation d’intrants : fertilisants (azote, phosphore, potassium) et produits phytosanitaires qui peuvent être lessivés ou transférés vers les eaux superficielles ou souterraines. Les nitrates et les produits phytosanitaires, pour partie d’origine agricole, sont présents dans les nappes souterraines et dans les cours d’eau [voir chapitre « Eau »].

Un programme d’actions pour limiter la pollution par les nitrates

Le classement de la région en zone vulnérable, au titre de la directive « Nitrates », s’est accompagné de la mise en œuvre de trois programmes d’action successifs, le quatrième devant commencer en 2009. Un certain nombre de pratiques visant à limiter la pollution des eaux superficielles et souterraines par les nitrates d’origine agricole sont ainsi devenues obligatoires sur l’ensemble du territoire régional : tenue d’un cahier d’enregistrement des pratiques d’épandage, réalisation d’un plan prévisionnel de fumure, respect d’un plafond annuel de 170 unités d’azote organique par hectare, respect de périodes d’interdiction d’épandage, de distances par rapport aux points d’eau, interdiction du retournement de prairie, etc. Deux programmes d’aides à la maîtrise des risques de pollutions des bâtiments d’élevage ont également été conduits, visant à une meilleure gestion des effluents d’élevage et à une réduction des risques de lessivage des nitrates. Le diagnostic réalisé à l’occasion de l’élaboration du troisième programme d’action « zone vulnérable » propose d’adapter les actions à chaque type de nappe.

De manière plus générale, les agriculteurs ont été encouragés, depuis les années quatre-vingt-dix, à adapter leurs pratiques culturales : à mieux ajuster les doses aux besoins des cultures et notamment à fractionner les apports en réalisant des mesures de reliquats d’azote dans les sols à la sortie de l’hiver, à favoriser la repousse du précédent cultural qui permet de limiter l’entraînement des nitrates lors de la période hivernale.

Du fait de la complexité des phénomènes de transfert et du manque de données sur l’évolution des pratiques agricoles, il est difficile d’évaluer l’impact des actions mises en œuvre. Une meilleure transparence des pratiques agricoles est indispensable. Les politiques de lutte contre les pollutions diffuses doivent être renforcées. Leur efficacité doit augmenter significativement.

Des actions à l’échelle de bassins versants pour limiter les risques de transfert de produits phytosanitaires vers l’eau

Créé en 1997, le Grappe (Groupe régional d’actions contre la pollution phytosanitaire de l’eau) associe les organismes et administrations concernés par la pollution des eaux par les produits phytosanitaires. Il a pour mission de définir, de proposer et d’accompagner les actions préventives ou correctives.

Outre un suivi de la qualité des eaux, jusqu’en 2007, son action a principalement porté sur cinq bassins versants pilotes affectés par des produits phytosanitaires : les bassins versants de l’Yser, d’Airon Saint-Vaast, de Saint-Aubin Sars-Poterie, du Bléquin et de l’Escrebieux. Ceux-ci ont fait l’objet d’une approche globale de limitation des risques de pollution impliquant l’ensemble des acteurs concernés. Des diagnostics à la parcelle et au siège des exploitations ont été réalisés selon la méthode Corpen (Comité d’orientation des pratiques agricoles respectueuses de l’environnement), fondée sur la caractérisation de la ressource en eau et de sa qualité, l’analyse des données paysagères et d’occupation du sol et la connaissance locale du transfert des produits phytosanitaires. Des actions de sensibilisation et de formation des agriculteurs ont ensuite été conduites par les chambres d’agriculture. Le monde non agricole, également utilisateur de produits phytosanitaires, tels que les communes et les gestionnaires de voirie, ont été la cible d’une campagne d’information qui a permis de diffuser largement des guides techniques et d’encourager la réalisation de plans de désherbage.

La méthodologie mise en œuvre est reprise dans la démarche des « opérations de reconquête de la qualité de l’eau » conduites dans le cadre du neuvième programme de l’agence de l’Eau. Celles-ci abordent, à l’échelle de bassins d’alimentation de captages ou de bassins versants, l’ensemble des pressions des pollutions potentielles (nitrates, produits phytosanitaires, érosion etc.) [voir chapitre « Eau »].

Des enjeux de santé

Comme l’ensemble des utilisateurs de produits à caractère toxique ou dangereux, les agriculteurs doivent prendre des précautions particulières lors de l’utilisation de produits phytosanitaires. Des études [1] sont réalisées pour cerner d’éventuels effets endocriniens (perturbation des fonctions reproductrices en particulier) ou certaines formes de cancer chez les populations d’agriculteurs, particulièrement exposés lors de la manipulation et l’application des produits. En dehors des incidents lors d’erreurs de manipulation, certaines études évoquent l’éventualité d’effets chroniques sur les familles d’agriculteurs, mais la faiblesse de l’échantillonnage correspondant ne permet pas d’en quantifier la probabilité [2].

Des actions sont conduites par la profession agricole pour diffuser les bonnes pratiques d’utilisation des produits phytosanitaires (guide des bonnes pratiques, réglage du pulvérisateur, protection de l’utilisateur etc.).
Pour que l’impact de ces actions soit perceptible, elles doivent être généralisées dans les zones à enjeu, en particulier les aires d’alimentation de captages prioritaires pour la consommation humaine. La loi sur l’Eau du 30 décembre 2006 a instauré pour ce faire un dispositif adapté à l’agriculture dans des zones soumises à contraintes environnementales qui devra s’appliquer, à partir de 2008, autour des captages déjà pollués pour permettre la reconquête des la qualité des eaux.
CR NPDC - S. Dhote

Notes

[1- Étude Agrican menée par le groupe régional d’études sur le cancer de l’université de Caen, Basse Normandie.

[2- Source : L’environnement en France, IFEN, 2006.

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