Aménagement et gestion des eaux

Un enjeu majeur  : la disponibilité de la ressource en eau pour la production d’eau potable

Une ressource abondante mais inégalement répartie

Dans une région aussi densément peuplée, l’eau est un enjeu non seulement écologique mais aussi économique, notamment pour la production d’eau potable. Les eaux souterraines contribuent pour 94 % à l’adduction d’eau potable dans la région, et représentent en 2005 plus de 70 % de la ressource en eau, tous usages confondus. L’importance des aquifères régionaux est, pour la région, une chance mais leur qualité doit être protégée avec d’autant plus d’attention.

La pluviosité, notamment hivernale, constitue l’élément déterminant pour la recharge des nappes. Le volume de pluie efficace [1] est évalué pour le bassin Artois-Picardie [2] à 4 milliards de m3 par an en moyenne [3]. Cela peut, a priori, sembler suffisant par rapport aux prélèvements.

Pourtant, certains secteurs sont déficitaires en raison de la variabilité de la pluviométrie, de la nature du sous-sol, de la forte concentration de la population, qui entraîne des besoins considérables, ou de la présence de certaines activités économiques responsables de la dégradation de la qualité des eaux souterraines, rendant difficiles voire impossibles les prélèvements pour l’usage eau potable. Ainsi, certaines agglomérations sont contraintes d’aller chercher de l’eau à plusieurs dizaines de kilomètres. Cette situation engendre des transferts d’eau entre territoires, qui ne sont pas toujours propices à une gestion apaisée de la ressource.

Afin de mieux connaître et donc mieux gérer l’état quantitatif des eaux souterraines en région, un réseau de piézomètres a été mis en place, permettant une surveillance permanente du niveau des nappes. De plus, des études de modélisation des hydrosystèmes se développent.

Des prélèvements globalement en baisse à l’échelle de la région, mais toujours importants

En ce qui concerne l’alimentation en eau potable du bassin Artois - Picardie, depuis une vingtaine d’années, les prélèvements d’eau souterraine ne fluctuent que légèrement, entre 320 et 330 millions de m3. Les seuls points de prélèvements d’eau de surface à usage domestique se situent sur la Liane [4] et la Lys [5]. Les prélèvements journaliers (eaux souterraines et eaux de surface) peuvent être estimés à environ 190 litres par habitant en moyenne [6]. Différentes actions nationales et locales de sensibilisation, conjuguées à une prise de conscience progressive du grand public et aux mesures fiscales d’aide à la récupération des eaux pluviales, permettent d’envisager le maintien de ce niveau, voire une tendance à la baisse de la consommation.

Les prélèvements industriels dans les nappes du bassin Artois - Picardie s’élèvent à 84 millions de m3 en 2005.
Ils ont considérablement baissé durant la période 1970-2005, puisqu’ils ont été pratiquement divisés par quatre. Cette diminution est attribuée à la disparition de certaines industries, à l’utilisation de technologies moins consommatrices d’eau (réemploi des eaux usées notamment), ainsi qu’à la hausse du prix de l’eau, qui pousse les industriels à recourir aux eaux superficielles dont la moins bonne qualité suffit souvent pour ce type d’usage. Ceci explique pourquoi les prélèvements superficiels pour les industriels demeurent importants, autour de 160 millions de m3 environ [7] en 2005.

Les prélèvements de l’agriculture, essentiellement en eaux souterraines, sont de l’ordre de 4 % du total général des prélèvements, avec 24 millions de m3 en 2005. Ils concernent essentiellement les cultures industrielles et sont concentrés sur quelques brèves périodes chaudes et
sèches.

La nappe de la craie, très productive et fortement exploitée

La nappe de la craie, principal aquifère de la région avec plus de 80 % des prélèvements, s’étend au-delà des limites régionales. Légèrement inclinée vers le nord, elle devient plus profonde vers la Belgique. Au nord d’une ligne allant de Calais à Béthune, en passant par Saint-Omer, elle devient captive sous la couverture tertiaire. En bordure du passage en captivité, la nappe est très productive et l’eau y est de bonne qualité, car il se produit un phénomène naturel de dénitrification. C’est pourquoi 40 % des forages puisant dans la nappe de la craie se trouvent dans cette zone.

Plus au nord, la captivité est plus importante et la productivité de la nappe chute jusqu’à être inexploitable. Les rares forages existants n’ont pour seule vocation que l’irrigation agricole et l’alimentation du bétail. Pour alimenter les Flandres, l’eau est pompée à la périphérie de la plaine maritime, en bordure du plateau de l’Artois.
Calais et à Dunkerque, la craie est totalement improductive. L’eau potable de l’agglomération de Dunkerque est fournie par des captages d’eaux superficielles (situés à Houlle en bordure du marais Audomarois).

Au sud de Lille et dans le bassin minier, la nappe de la craie est encore présente. D’importants prélèvements sont effectués dans cette nappe libre pour alimenter l’agglomération lilloise (champs captants du sud-ouest de Lille).

La nappe des calcaires carbonifères surexploitée, un problème international

La nappe des calcaires du carbonifère de Roubaix -Tourcoing est une nappe profonde, captive et faiblement alimentée. Elle est rechargée par les infiltrations d’eaux de pluie dans les affleurements du calcaire situés dans le Tournaisis en Belgique, et par le drainage de la craie sus-jacente. Cette nappe, qui pourvoit aux besoins des agglomérations de Courtrai, Tournai et Mouscron en Belgique, et de Lille, Roubaix et Tourcoing en France, souffre de surexploitation chronique. Son exploitation intensive a entraîné un abaissement général de son niveau, une réduction des réserves disponibles et une accélération des dégâts d’origine karstique en surface. Le niveau d’eau a ainsi baissé de 30 à 40 mètres depuis les années soixante. Il est aujourd’hui stabilisé du fait de la baisse des prélèvements tant belges que français et notamment de la recherche de ressources de substitution.

La maîtrise des prélèvements apparaît comme un objectif majeur à concerter de part et d’autre de la frontière. Le 9 février 2007, un colloque a réuni, sous l’égide de l’Académie de l’eau, les trois parties intéressées, la France, la région flamande et la région wallonne, pour optimiser la gestion de ces eaux souterraines transfrontalières. Après la présentation d’un diagnostic commun, a été mise en évidence une volonté partagée de mettre en place une démarche concertée, cohérente et durable. Il est ainsi proposé pour les années à venir d’améliorer la connaissance de cette nappe et de son réservoir, de dresser un observatoire de la ressource en développant le suivi piézométrique et une modélisation transfrontalière coordonnée. La concertation se poursuivra au sein de la commission internationale de l’Escaut ; la directive cadre sur l’Eau, qui demande une coordination au sein des districts internationaux, fournit le cadre permettant une coopération internationale efficace.

Notes

[1- Part de la pluie qui contribue effectivement à l’alimentation des nappes.

[2- D’une superficie d’environ 20 000 km2, le bassin Artois - Picardie couvre trois départements en totalité (Nord, Pas-de-Calais et Somme) ainsi qu’une partie de l’Aisne (la région de Saint-Quentin et l’ouest de la Thiérache) et de l’Oise. C’est le périmètre adapté pour gérer la ressource en eau (souterraine et superficielle).

[3- Source : Schéma directeur d’aménagement et de gestion des eaux du bassin Artois - Picardie (SDAGE).

[4- Carly près de Boulogne-sur-Mer.

[5- Aire-sur-la-Lys, Houlle et Moulle.

[6- Les prélèvements d’eau à destination domestique par jour et par habitant sont supérieurs à la consommation. Cette dernière est de l’ordre de 120 à 150 litres par jour et par habitant. Cette différence résulte des pertes dans les réseaux et de l’utilisation du réseau d’eau potable par des entreprises.

[7- Source : agence de l’Eau Artois - Picardie.

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