Sols et sous-sols

Suivre les épandages d’effluents agricoles, industriels et urbains afin de maintenir la qualité des sols et de limiter les risques de transferts de polluants vers les eaux

La capacité épuratoire des sols est fortement sollicitée en Nord - Pas-de-Calais. En effet, la forte densité de population induit une production importante de sous-produits organiques : boues de stations d’épuration urbaines, déchets verts, fractions fermentescibles d’ordures ménagères. La région est également une région industrielle avec la présence significative d’entreprises du secteur agroalimentaire, mais également de papeteries et d’industries textiles dont l’activité génère des effluents pour partie recyclés en agriculture. Enfin, c’est également une région d’élevage avec un cheptel bovin prédominant.

Des sols particulièrement aptes à l’épandage des effluents organiques

Une étude effectuée, en 2000, par l’Institut supérieur d’agriculture (ISA) de Lille sur l’aptitude des sols français à l’épandage révèle une grande hétérogénéité entre les régions. Ces travaux, basés sur l’utilisation de la base de données d’analyses de terre (BDAT), montre que les sols du Nord - Pas-de-Calais sont particulièrement aptes à l’épandage des boues. Cependant, il existe plusieurs facteurs limitants tels que l’engorgement temporaire des sols dans les zones à substrat imperméable et les basses plaines ou encore l’existence de sols filtrants peu épais dans les zones d’affleurement crayeux. La densité de l’urbanisation ainsi que celle du réseau hydraulique constituent également des obstacles. La réserve de sols aptes à l’épandage est limitée. Elle reste pour le moment cependant suffisante pour gérer les volumes de matières organiques recyclés en agriculture dans la région.

Un volume d’effluents qui s’est accru, une place prépondérante des effluents agricoles

Le volume des boues urbaines et des effluents industriels s’est accru au cours des vingt-cinq dernières années, notamment du fait de l’extension du parc de stations d’épuration et du développement de certaines activités industrielles (agro-alimentaire). La production de boues urbaines se stabilise cependant dans le Pas-de-Calais suite à l’achèvement d’un certain nombre de stations, elle continue à augmenter dans le Nord ou une grande partie des boues urbaines produites sont issues de la communauté urbaine de Lille. Les volumes d’effluents industriels produits varient annuellement en fonction notamment des activités des industries. Enfin, la quantité d’effluents agricoles, à 80 % environ d’origine bovine, diminue depuis plusieurs années, en lien avec la réduction du cheptel. Mais, dans le même temps, des fientes et fumiers de volailles en provenance de Belgique sont importées dans la région.

Ce sont ainsi 71 523 tonnes de matière sèche de boues urbaines, 116 998 t MS d’effluents industriels et 941 554 t MS d’effluents agricoles qui ont été épandus dans la région en 2005 6. Plus de 80 % des boues urbaines produites sont recyclées en agriculture (91 % sur le Pas-de-Calais, en intégrant les boues épandues après compostage).

Comme pour les quantités épandues, les surfaces consacrées annuellement à l’épandage sont les plus importantes pour les effluents agricoles (respectivement 23 % et 17 % de la SAU dans le Nord et le Pas-de-Calais en 2005). La surface annuelle d’épandage de boues urbaines correspond respectivement à 1,4 % et 1 % de la SAU dans le Nord et le Pas-de-Calais, 0,8 % et 3 % de la SAU pour les effluents industriels. En réalité, les surfaces consacrées aux épandages sont environ trois fois plus importantes, les effluents n’étant pas épandus plusieurs années de suite sur les mêmes parcelles.

Les effluents urbains et industriels sont, dans la mesure du possible, épandus sur des territoires proches des stations d’épuration. Cependant, les volumes les plus importants sont produits là ou le nombre d’habitants est le plus grand et le territoire le plus dense (métropole lilloise, bassin minier, etc.). Les surfaces épandables y étant moins importantes, les effluents sont pour partie transportés en dehors de ces zones, voire dans les départements voisins. Une partie des effluents urbains produits dans le Nord, et notamment par la communauté urbaine de Lille sont ainsi épandus dans le Pas-de-Calais, la Somme et l’Aisne. Un équilibre s’établit donc entre producteurs d’effluents et territoires pouvant les recevoir. Les boues urbaines et les effluents industriels ne sont pas épandus dans les régions d’élevage qui reçoivent déjà prioritairement les effluents d’élevage.

Un suivi de l’épandage prenant en compte les enjeux de qualité du sol et de l’eau

Si les boues ont des propriétés fertilisantes et amendantes (azote, phosphore, chaux), elles n’en demeurent pas moins des déchets sur le plan juridique. Leur épandage implique des précautions afin de garantir leur innocuité vis-à-vis des sols, de l’eau et de la chaîne alimentaire.

Le cadre réglementaire défini par l’arrêté du 8 janvier 1998 a permis de mieux organiser les filières d’épandage de boues urbaines. Une réglementation similaire existe pour les effluents industriels 7. Ces textes imposent notamment le respect de teneurs et de flux limites dans les apports réalisés, prenant en compte la capacité d’absorption des sols ; le respect de distances d’épandage (périmètres rapprochés et éloignés des captages, habitations, etc.), de périodes d’épandage, etc. Le producteur de boues doit ainsi réaliser une étude préalable pour tout épandage et un suivi annuel de la filière : tenue d’un registre d’épandage ; suivi analytique des boues portant notamment sur la valeur agronomique (VA), les éléments traces métalliques (ETM), et dans certains cas les composés traces organiques (CTO) et les germes pathogènes ; suivi analytique des sols ; et pour les plus grosses unités, programme prévisionnel d’épandage et bilan agronomique de fin de campagne.

Les programmes annuels et les bilans agronomiques sont transmis au service chargé de la police des eaux et aux Satege (Service d’assistance technique à la gestion des épandages) permettant ainsi un suivi de la filière et des apports effectués via l’épandage.

Le développement récent du compostage vient modifier l’organisation et la gestion globale des épandages de boues. En effet, la parution récente de normes relatives au compost (NFU 44 095 pour le compost de boues et NFU 44 051 pour les amendements organiques) confère au compost normalisé le statut de produit, et non de déchet. Celui-ci est alors vendu et n’est plus épandu dans le cadre d’un plan d’épandage, le producteur de l’effluent n’est plus responsable de celui-ci jusqu’à son élimination finale. Il y a donc perte de traçabilité et le suivi des sols n’est plus effectué de manière aussi complète. Ceci a pour conséquence que les flux en éléments traces calculés pour les apports de boues sur les parcelles n’auront qu’une valeur relative puisque d’autres flux en éléments traces seront susceptibles de venir interférer sur les résultats.

Depuis quelques années, on assiste à une augmentation de la production de compost. Elle atteint environ 174 000 tonnes en 2005, comprenant des composts de boues urbaines, mais également de déchets verts et de biodéchets (hors effluents urbains, industriels et agricoles). La production de compost peut être intéressante pour les collectivités car elle permet de réduire les contraintes de stockage et nécessite un suivi moindre. Les composts sont des amendements organiques à prendre en compte par l’agriculteur dans la gestion de ses apports. Apportant principalement des matières organiques, ils sont susceptibles d’améliorer les stocks de carbone organique des sols.

Un logiciel (SILOE, système d’information et de localisation des épandages) a été développé à l’échelle du bassin Artois - Picardie afin d’améliorer le suivi et la transparence des pratiques d’épandage. Il s’agit d’une base de données couplée à un système d’information géographique permettant de stocker et de traiter des données relatives aux épandages de toute nature et notamment d’effluents urbains, industriels et agricoles (origine, quantité, qualité, localisation et date de l’épandage), ce à l’échelle parcellaire. Ce logiciel donnera les moyens d’avoir une meilleure connaissance des apports azotés, de métaux, d’identifier les zones ou la pression d’épandage est la plus forte, de cibler le conseil. Il pourra contribuer à une meilleure gestion de la qualité des sols et des risques de lessivage dans les eaux souterraines.

Une amélioration de la qualité des boues, la nécessité de surveiller l’évolution de la qualité des sols

L’épandage des boues suscite des questions sur le comportement à long terme des éléments traces métalliques qui sont toujours présents dans les boues (même si les quantités diminuent) et qui peuvent comporter des risques pour la qualité des eaux, la faune et la flore.

Les bilans annuels des deux Satege montrent que, dans la région, les teneurs en éléments traces métalliques restent assez faibles au regard des limites fixées par la réglementation. Elles ont tendance à se stabiliser voire à diminuer. Ainsi, l’indice Métox, qui donne une vision globale de la qualité des boues en éléments métalliques, est passé de 4 500 à moins de 2 500 en dix ans sur le Pas-de-Calais pour les boues urbaines. L’amélioration de la qualité des boues résulte, notamment, du contrôle accru sur les réseaux en amont des stations. Lorsque les seuils en éléments indésirables sont dépassés, les boues ne sont pas utilisées en agriculture et sont envoyées vers un centre d’enfouissement ou un incinérateur.

Néanmoins, des phénomènes cumulatifs pouvant se produire, il est essentiel de suivre l’évolution des teneurs en ETM du sol sur les parcelles soumises aux épandages. Pour mesurer ces évolutions, il est prévu de comparer les analyses du sol à l’état initial à celles qui doivent être réalisées dix ans plus tard (et tous les dix ans) ou lorsque la parcelle sera définitivement retirée du plan d’épandage. Il est ainsi demandé de réaliser une analyse de sol pour chaque unité culturale homogène d’un point de vue pédologique n’excédant pas vingt hectares. Une analyse de ces données devrait pouvoir être réalisée à partir de 2008, les premières analyses de sol par les producteurs de boues ayant été rendues obligatoires en 1998. Les résultats, s’ils posent des questions d’interprétation compte tenu de l’hétérogénéité du sol au sein d’une même parcelle, seront intéressants en termes d’observation de tendances d’évolution.

Portfolio

Source  : ISA Lille, 2000 - ministère de l'Agriculture et de la Pêche - (...) Source  : Satege Nord et Pas-de-Calais.

Vous êtes ici :