Aménagement et gestion des eaux

Préserver et restaurer la qualité des eaux souterraines qui conditionne la disponibilité de la ressource

Des nappes particulièrement vulnérables aux pollutions

Si l’activité industrielle y est très développée, le Nord - Pas-de-Calais est aussi une grande région agricole concernée par les pollutions diffuses ou ponctuelles d’origine agricole. Lors de l’état des lieux du bassin Artois - Picardie réalisé en 2004, toutes les masses d’eau ont été estimées à risque de non atteinte du bon état qualitatif à l’horizon 2015, à l’exception de la nappe du calcaire carbonifère de Roubaix - Tourcoing. Le paramètre déclassant est pour la majorité des cas les nitrates et, dans une moindre mesure, les produits phytosanitaires liés en grande partie à l’activité agricole.

La nappe de la craie est particulièrement vulnérable aux pollutions dans les secteurs ou la nappe est libre, sans une couverture suffisante pour la protéger : c’est le cas sur une très grande partie de la région, et en particulier dans l’Artois [1], ou la craie est parfois affleurante. Dans le Cambrésis et le bassin minier, la ressource en eau est abondante, mais il existe d’importants problèmes de qualité.

D’autres nappes sont également vulnérables. Dans le Boulonnais, d’autres types de terrains calcaires affleurent. Ils renferment des aquifères libres, peu productifs et particulièrement vulnérables. L’Avesnois est une région accidentée constituée de calcaire carbonifère et de schistes : les aquifères y sont libres et la circulation de l’eau suit les grandes failles du massif.
Le caractère karstique de ces nappes induit des temps de transfert courts et donc une réponse très rapide aux pollutions.

Une aggravation de la contamination par les nitrates

Une dégradation soutenue de la qualité des eaux souterraines est constatée pour les nitrates, avec une augmentation des teneurs d’environ 1 mg/l chaque année depuis le milieu des années soixante-dix. Pour le bassin Artois - Picardie, la concentration moyenne en nitrates des captages d’eau destinés à la consommation humaine est de 25 mg/l. Entre 1996 et 2005, la qualité de l’eau brute s’est dégradée : le nombre de captages à plus de 50 mg/l et ceux entre 40 et 50 mg/l ne cesse d’augmenter.

Ainsi, dans le cadre de la directive « Nitrates », le Nord - Pas-de-Calais est entièrement classé en zone vulnérable [2]. Ce zonage a été confirmé en juillet 2007 pour quatre années supplémentaires.

Afin de lutter contre cette dégradation par les nitrates, et dans le cadre des programmes d’action « zones vulnérables », des mesures en faveur d’une agriculture plus respectueuse de l’environnement sont désormais demandées au monde agricole : limitation d’épandage d’effluents organiques, mise en place de cultures intermédiaires pièges à nitrates, mise aux normes des bâtiments d’élevages, etc. [voir chapitre « Agriculture »].

Une contamination par les pesticides également préoccupante
Les eaux souterraines sont également contaminées par les produits phytosanitaires. La pollution par les pesticides peut être d’origine ponctuelle ou diffuse : elle est en partie due à l’agriculture mais aussi à l’entretien des voiries, du réseau ferré et des zones urbaines, sans oublier celui des jardins domestiques. Il est nécessaire dans les zones polluées de traiter l’eau pour éliminer les pesticides lorsque les concentrations dépassent un certain seuil.

Les substances les plus souvent rencontrées appartiennent au groupe des herbicides qui contaminent de façon généralisée la ressource en eau : l’atrazine, un désherbant du maïs, et ses produits de dégradation viennent en premier lieu malgré son interdiction à l’utilisation depuis septembre 2003. Viennent ensuite les désherbants des céréales comme le diuron et ceux à usages plus polyvalents comme le glyphosate.

Le Groupe régional d’actions contre la pollution phytosanitaire de l’eau (Grappe) [3], après avoir réalisé en 2001 un état des lieux de la contamination en produits phytosanitaires, mène des actions visant à la réduction de ces pollutions [voir chapitre « Agriculture »].

Des pollutions héritées du passé industriel

Le passé industriel de la région peut également constituer une menace pour les ressources en eaux souterraines. Les pratiques anciennes de rejets des polluants directement dans le milieu naturel [4] ont induit localement des pollutions. Les sols pollués peuvent entraîner des contaminations par lessivage des polluants, notamment lors des remontées des nappes qui occasionnent la mise en contact des nappes avec les éléments toxiques contenus dans le sol.

D’autres régions sont aussi concernées, c’est pourquoi, la France s’est dotée de plusieurs inventaires de manière à fournir des informations utiles aux acteurs de l’urbanisme, du foncier et de la protection de l’environnement :

  • l’inventaire des sites pollués et potentiellement pollués appelle une action des pouvoirs publics à titre préventif ou curatif. Il est archivé dans une base de données nationale, BASOL [5]. En 2007, le Nord - Pas-de-Calais comprend 365 sites répertoriés dans BASOL à surveiller pour la qualité des eaux souterraines ;
  • l’inventaire des anciennes activités industrielles et activités de service. Conduit à l’échelle départementale depuis 1994, l’inventaire est archivé dans une base de données nationale BASIAS [6], Il faut souligner que l’inscription d’un site dans BASIAS ne préjuge pas d’une éventuelle pollution. Pour la région Nord - Pas-de-Calais, plus de 14 200 sites sont décrits dans BASIAS en 2007, dont 4 930 placés dans un contexte sensible lié aux usages de la ressource en eau (notamment à proximité d’un captage destiné à l’alimentation en eau potable) et 1 455 placés dans des contextes géologiques de grande vulnérabilité.

Une protection des captages d’eau potable à achever

D’après le Code de la santé publique, les points de prélèvement d’eau destinée à la consommation humaine doivent avoir des périmètres de protection contre les pollutions. Ceux-ci prennent en compte l’ensemble des risques : rejets industriels dans les rivières [7], zones d’épandage, assainissement rural, grandes infrastructures de transport, pratiques agricoles.

Dans une région aussi densément peuplée, artificialisée et industrialisée que le Nord - Pas-de-Calais, ou les risques de pollution sont nombreux, l’obligation de protection des captages est particulièrement justifiée. Pour des raisons de productivité, les captages se trouvent généralement dans des vallées ou la nappe de la craie est en relation avec la nappe alluviale. Les périmètres de protection y sont d’autant plus nécessaires qu’il s’agit de fonds de vallées souvent urbanisés et industrialisés, particulièrement vulnérables aux pollutions. Ainsi, en Nord - Pas-de-Calais, l’établissement de ces servitudes d’utilité publique est achevé à environ 90 %. La révision des documents d’urbanisme, dans lesquels ces servitudes doivent être intégrées, donne l’occasion de poursuivre les réserves foncières autour des champs captants.

Notes

[1- De l’Avesnois au Boulonnais.

[2- Les zones vulnérables sont les zones qui alimentent des eaux atteintes ou menacées par la pollution aux nitrates, qu’il s’agisse d’eaux douces de surface, d’eaux souterraines ou d’eaux d’estuaires ou côtières.

[3- Le site Internet de la DIREN présente les travaux du Grappe. Voir http://www.environnement.gouv.fr/nord-pas-de-calais

[4- C’est notamment le cas de certaines cokeries qui, au début du XXe siècle, rejetaient des produits azotés, des phénols ou du cyanure.

[5- La base de données BASOL est disponible sur le site internet du ministère chargé de l’Écologie. Menée depuis 1994, elle a vocation à être actualisée de manière permanente.

[6- La base de données BASIAS est disponible sur internet, sur le site du BRGM.

[7- Ils ne sont pas sans conséquence sur la qualité des eaux souterraines en raison des échanges rivière-nappe.

Portfolio

Source  : Agence de l'Eau Artois-Picardie.

Vous êtes ici :