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Le diagnostic régional

, par Elodie Gondran

Urbanisée (plus de 80% de la population est urbaine), la région Nord-Pas-de-Calais est caractérisée par une forte artificialisation du territoire (15% du territoire contre 8% à l’échelle nationale). Mais elle est aussi dotée de milieux et de paysages diversifiés, patrimoine dont la qualité est d’intérêt national, voire européen. Les milieux naturels présentent une richesse importante en matière de biodiversité. Mais leur superficie est faible (13% à l’échelon régional contre 38% à l’échelon national). Ils sont de plus fragmentés, du fait notamment de la poursuite de l’urbanisation. 59% de la flore de régionale est menacée dont 26% à court terme. La diversité des unités paysagères, autant que la diversité des paysages emblématiques constituent un patrimoine précieux.

Les ressources en eau souterraines constituent 94% de l’approvisionnement en eau potable. Elles sont globalement abondantes, mais fortement vulnérables. Leur qualité souvent dégradée, conjuguée à de fortes pressions humaines, est à l’origine d’une disponibilité variable, ainsi que d’une marge étroite, selon les secteurs, entre ressources disponibles et prélèvements. Les pollutions diffuses par les nitrates et les phytosanitaires sont importantes compte tenu du caractère intensif de l’activité agricole. Du fait du faible débit des cours d’eau et de pressions urbaines, industrielles et agricoles qui, en dépit de leur diminution, restent fortes, l’amélioration de la qualité des eaux superficielles est problématique alors que celle des eaux littorales s’améliore sensiblement.

L’industrialisation lourde et l’activité d’extraction minière, si elles ont permis un développement majeur de la région qui reste la quatrième région industrielle française, ont légué un héritage dont il faut aujourd’hui poursuivre la gestion. Les sols pollués (15% des sites pollués recensés en France) rendent nécessaires la surveillance de 365 sites au regard de la contamination des eaux souterraines. La réhabilitation de friches et la réorganisation urbaine qui l’accompagne, le traitement des sites pollués engagé, contribuent à la requalification du cadre de vie et vont en outre dans le sens de la limitation de la consommation d’espace. Les mutations industrielles se sont traduites de 1993 à 2003 par une baisse de 10% de l’emploi industriel, accompagnée d’un renouveau du tissu. La région a développé son attractivité, notamment au travers des six pôles de compétitivité de la région. Ces derniers constituent un premier élément de réponse à la faiblesse des moyens consacrés à la recherche (0,7% du PIB régional).

Le caractère industriel marqué de la région induit une forte consommation d’énergie en particulier de la sidérurgie et de la transformation des minéraux (9 % de la consommation nationale pour 6,6 % de la population). La consommation globale d’énergie a tendance à augmenter plus vite que le PIB régional. La région est un pôle important de production d’électricité avec la centrale de Gravelines, et les trois centrales thermiques. Enfin la région commence à produire de l’électricité à partir de l’énergie éolienne. Le Nord Pas de Calais est la première région en termes d’affectation de quotas d’émissions de CO2 (115 établissements concernés représentant 16 % du quota national)

Les risques technologiques (80 établissements Seveso) concernent tant la sécurité des habitants que celle des acteurs économiques en particulier celle des entreprises souvent implantées au cœur de tissus urbains denses. Le réseau dense de canalisations, les plateformes de stockage et le transport de matières dangereuses sont des facteurs de risques diffus sur le territoire ; Le Nord-Pas-de-Calais ayant été une région minière de tout premier ordre, elle est désormais soumise aux risques liés à l’arrêt des travaux miniers (risques après-mines sur 250 communes). Les risques naturels sont également très prégnants dans la région, le risque d’inondation touchant à lui seul plus de 1000 communes. Cette sensibilité aux inondations s’explique par la conjugaison de plusieurs facteurs : faiblesse du relief, réseau hydraulique complexe et fortement anthropisé, région densément peuplée, zones affaissées du fait de l’ancienne exploitation minière. La région est également soumise à un aléa sismique modéré dans le Valenciennois. L’élévation du niveau de la mer due au changement climatique fait craindre un accroissement des risques touchant le littoral, à la fois en matière d’érosion côtière mais aussi de submersion des zones de polder située en dessous du niveau de la mer.

Les réseaux d’infrastructures performants du Nord-Pas-de-Calais, croisement des lignes ferroviaires à grande vitesse notamment, font de l’accessibilité de la région depuis le reste de l’Europe un atout. La complémentarité des trois ports maritimes lui donne en outre un potentiel d’ouverture sur le monde. La prédominance du mode routier et la progression constante de la demande de déplacements induisent sur le réseau structurant la superposition des trafics internes, d’échanges et de transit. Elles entraînent la dégradation de service du réseau structurant et de l’accessibilité des territoires, en particulier pour le Y autoroutier au sud de la métropole lilloise. Pour ce qui est de la sécurité routière, le nombre d’accidents corporels, qui reste élevé, a été réduit de 4000 avec 291 morts en 2003 à 3700 avec 186 morts en 2007. Les entreprises du secteur des transports publics de marchandises et de voyageurs sont nombreuses : 3222 entreprises ou commissionnaires localisées dans la région. Elles emploient de l’ordre de 33000 personnes.

Les émissions de gaz à effet de serre (11,2 tonnes de CO2 par habitant) sont au dessus de la moyenne nationale qui est de 9, et sont en augmentation dans les domaines des transports (+27% depuis 1990) et du résidentiel et du tertiaire (+15% depuis 1990). Celles de l’industrie sont en diminution (-20% depuis 1990), tout en restant à un niveau élevé.

L’ensemble des pollutions de différentes origines auxquelles s’ajoutent les nuisances sonores, principalement liées au réseau dense d’infrastructures de transport, ainsi que les gisements croissants de déchets, induisent, la recherche de réponses au travers du développement des éco-industries ainsi que des modes de production et de consommation responsables.

L’accroissement du nombre de ménages (22% entre 1990 et 1999) est lié à celui des ménages d’une seule personne. Il est le moteur de la croissance des besoins en logement. L’offre très insuffisante entraîne une forte demande de logement locatif social de la part de populations en difficulté (chômage de trois points supérieur à la moyenne nationale, 2,68% de bénéficiaires du RMI et 11% de bénéficiaires d’une aide au logement) concentrées dans les centres villes. Le renouvellement urbain apparaît alors comme une nécessité sociale qui converge avec la maîtrise de l’étalement urbain. L’habitat indigne concerne le parc privé qui accueille les plus démunis. Malgré la réhabilitation dont le parc minier (66000 logements) a fait l’objet, on assiste à une paupérisation des populations qui l’occupent. La mixité sociale et la mixité fonctionnelle existent rarement dans le Nord-pas-de-Calais. L’aggravation des inégalités crée des besoins spécifiques de réhabilitation et de création de logements.

Enfin la qualité de la construction ne répond pas aux exigences environnementales, en particulier celles du Grenelle de l’environnement.

L’ensemble de ces thématiques déterminent une organisation du territoire en grands espaces infrarégionaux :

-l’aire métropolitaine centrale de Lille concentre 70% de la population régionale ; elle a un fonctionnement intégré lié à la dynamique résidentielle et à la mobilité qui l’accompagne, ainsi qu’au développement économique. Ce fonctionnement s’étend progressivement, en particulier vers le croissant rural du Pas-de-Calais ;

-le littoral auquel la façade maritime dans ses activités touristiques, portuaires et industrielles, ainsi que l’élargissement à l’arrière pays rural donnent des problématiques communes ; il est aussi un chapelet de particularités dont notamment les continuités transfrontalières vers la Belgique et vers la baie de Somme ;

-le Hainaut-Cambrésis est marqué par des difficultés sociales et une atonie économique persistante, mais aussi par l’acteur qu’est le parc naturel régional pour la valorisation du patrimoine naturel et paysager ;

-Saint-Omer, Valenciennes, Cambrai sont au cœur d’espaces de jonction et d’articulation entre ces grands espaces infrarégionaux ;

La situation transfrontalière de la région se traduit par une gestion de l’eau dans le cadre du district international de l’Escaut par des projets partenariaux par une forte croissance des flux transfrontaliers et par la mise en place d’un dispositif institutionnel issu d’une forte volonté des élus.

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