Sols et sous-sols

La pollution des sols agricoles par retombées atmosphériques

La qualité des sols agricoles peut être localement affectée par les retombées atmosphériques des émissions industrielles ou urbaines. Des sols agricoles peuvent être contaminés par des métaux lourds rejetés dans l’atmosphère avec les fumées des usines métallurgiques (sidérurgie, métaux non ferreux, etc.). Des scientifiques [1] ont étudié la contamination des sols à proximité de deux usines.
L’une, entrée en activité en 1894 et fermée en 2003, était située à Noyelles-Godault (Metaleurop) ou elle produisait du plomb et du zinc. L’autre, Unicore, encore en activité, se situe à Auby, ou elle produit du zinc. Cette dernière a, par le passé, pollué les sols avant de changer de process. Les analyses menées dans un rayon de 4 km autour de ces deux usines ont montré que la pollution des sols (cadmium, plomb, zinc) est importante. Cette pollution concerne essentiellement l’horizon de surface, c’est-à-dire les premiers 30 cm, mais il n’est pas exclu que les polluants puissent être entraînés en profondeur. Les galeries de vers de terre jouent en effet un rôle dans la migration des métaux (le remplissage des galeries étant plus riche en cadmium, plomb et zinc).

Les céréales et les légumes provenant des parcelles agricoles et des jardins familiaux situés dans la zone contaminée contiennent dans leur très grande majorité des quantités de cadmium et de plomb supérieures aux normes admises pour l’alimentation humaine. Ces dépassements sont quasi systématiques pour le cadmium. Enfin, certains échantillons de végétaux sont impropres à la consommation animale.

La gravité d’une contamination est liée aux conséquences qu’elle peut avoir sur la santé humaine, les écosystèmes et les chaînes alimentaires, ainsi qu’à son caractère irréversible. En règle générale, il est extrêmement difficile de restaurer un sol pollué sur une grande surface autant pour des raisons économiques que techniques. Néanmoins, des méthodes de dépollution existent (bactéries, traitement chimique, etc.) mais elles sont généralement difficiles à mettre en œuvre. Par exemple, il est possible d’utiliser des cultures dédiées et de les valoriser industriellement (biochimie, biotechnologies, énergie, etc.). Dans le cas de Metaleurop, des essais de dépollution (appelée dans ce cas « remédiation ») basée sur la culture de végétaux ayant la particularité de stabiliser ou d’absorber les métaux lourds sont en cours : les métaux lourds contenus dans les végétaux seraient récupérés après récolte [2]. Depuis 2007, une expérimentation basée sur l’implantation de miscanthus est également en cours pour mesurer l’intérêt de cette plante sur les sites pollués. Cette plante de la famille des graminées pérennes est connue pour sa forte productivité en biomasse et ses qualités énergétiques.
Elle est testée dans le cadre de l’occupation des sols agricoles pollués et non pas dans un objectif de dépollution. Les objectifs principaux sont de valoriser les sols agricoles pollués par une culture à vocation énergétique et de contenir la pollution : la forte couverture au sol de cette plante permettra de contenir les éléments plomb aux parcelles polluées en évitant l’éventuelle érosion éolienne.

L’industrie n’est pas seule responsable de la pollution des sols. En milieu urbain, la circulation routière, le chauffage mais aussi les incinérateurs d’ordures ménagères de la cité peuvent engendrer des retombées atmosphériques sources de pollution des sols agricoles des exploitations insérées dans le tissu urbain. Ainsi, plusieurs exploitations ont dû arrêter leurs activités de production (lait et viande) et de vente directe en raison de la présence de dioxines dans les sols liée aux émissions de l’ancienne usine d’incinération d’ordures ménagères d’Halluin. Ce type de contamination peut avoir des incidences économiques non négligeables, des élevages de plein air peuvent être interdits en raison de la consommation de terres polluées par les animaux en parcours (volailles notamment). Ce phénomène concerne tous les polluants s’accumulant de façon pérenne dans les sols (métaux lourds, dioxines, produits phytosanitaires, etc.) et susceptibles d’entrer dans les chaînes alimentaires.

Notes

[1- Chercheurs de l’Inra, de l’Institut supérieur d’agriculture de Lille, de l’université de Lille et de l’École des mines de Douai.

[2- La question de savoir qui traitera les végétaux après récolte se pose depuis la fermeture de l’usine Metaleurop.

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