Aménagement et gestion des eaux

Gérer les pressions liées aux nombreux usages du littoral pour reconquérir la qualité des eaux côtières

Une qualité inévitablement affectée par les usages humains

Située au carrefour de l’Europe du Nord et de l’Europe du Sud, la région occupe une position stratégique dans le domaine maritime. Celle-ci se manifeste, d’une part, par la présence de trois ports majeurs (Dunkerque, Calais et Boulogne) et, d’autre part, par un intense trafic dans le détroit du Pas de Calais, qui est un passage extrêmement fréquenté. ce trafic viennent s’ajouter d’autres utilisations du milieu maritime : pêche, conchyliculture, baignade, loisirs, etc. Enfin, les eaux littorales sont le réceptacle final de tous les rejets dans l’eau engendrés par les activités humaines (industrielles, domestiques, agricoles).

Cette exploitation intense du milieu marin se traduit par un équilibre fragile. En effet, la pollution chronique est inévitable et la possibilité d’une pollution accidentelle n’est jamais écartée. Cependant, les améliorations perçues dans la qualité des eaux marines ces dernières années témoignent d’une réduction durable des pressions exercées sur le milieu : l’amélioration de l’assainissement et la réduction des rejets polluants en sont les principales raisons.

En 2004, l’état des lieux effectué au titre de la directive cadre sur l’Eau a identifié les masses d’eau côtières de la région comme risquant de ne pas atteindre les objectifs de bon état écologique fixés à 2015. L’enjeu de cette reconquête de qualité est à mettre au regard des atouts écologiques du littoral, favorables à des activités touristiques qui s’avèrent très importantes pour la région, voire vitales pour certaines communes littorales.

La qualité des eaux de baignade : une amélioration spectaculaire,des efforts à poursuivre

En 1988, l’agence de l’Eau Artois - Picardie dressait le constat de la qualité « catastrophique » des plages du littoral du Nord - Pas-de-Calais : 50 % des eaux de baignade de la France métropolitaine de « mauvaise qualité » étaient alors dans la région. Depuis, des efforts considérables ont été réalisés. La qualité de l’eau de baignade s’est fortement améliorée, passant de 50 % de conformité vis-à-vis de la directive relative aux Eaux de baignade en 1987 à 100 % en 1998. Cependant la part des plages classées en « très bonne qualité » reste variable d’une année à l’autre (24 % en 2001, 44 % en 2002, 31 % en 2006) [1], et la nouvelle directive « Baignade », plus exigeante, a déclassé 14 % des plages du Nord - Pas-de-Calais : les efforts doivent donc être poursuivis.

Globalement, ces bons résultats ont permis au littoral d’être l’élément fort de la politique de développement touristique de la région. Ils sont le fruit du travail amorcé depuis une dizaine d’années en matière de traitement des eaux. Cependant, il existe encore quelques problèmes en période pluvieuse car les stations d’épuration n’ont pas la capacité de traiter la totalité des flux (ce n’est pas une obligation réglementaire). La plage de Boulogne-sur-Mer et la digue du Braek à Dunkerque sont toujours interdites à la baignade. Boulogne, les travaux de mise en conformité de la station d’épuration (200 000 EH) ont été réalisés, et des études et travaux sur les réseaux des différentes communes sont en cours.

Du point de vue de l’état chimique, la surveillance des sédiments côtiers de la région révèle des contaminations en micropolluants organiques : hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP), polychlorobiphényls (PCB), lindane, etc. Leur impact sur les écosystèmes reste à évaluer. Dans les trois grands ports, des secteurs confinés très dégradés révèlent des contaminations en métaux lourds et en polluants organiques, mais les avants-ports constituent des secteurs quasi naturels.

Le défi de la reconquête des eaux conchylicoles

La qualité des eaux conchylicoles s’améliore progressivement, mais les gisements de production coquilliers de la région, qu’ils soient naturels ou d’élevage, restent pour l’essentiel encore aujourd’hui classés en catégorie B (qualité moyenne) : le reparquage ou le traitement y est encore nécessaire avant la mise sur le marché.

L’Institut français de recherche pour l’exploitation de la mer (Ifremer) opère régulièrement des contrôles sur le littoral. Les analyses montrent une bonne qualité microbiologique des coquillages et jusqu’à présent, il n’a pas été fait état, dans la région, de blooms phytoplanctoniques à caractère toxique [2]. Cependant, on observe de façon épisodique, mais plus fréquente que par le passé, la présence de cellules potentiellement toxiques dans les coquillages. Des métaux comme le cadmium, le plomb, le mercure et le zinc sont peu présents [3] dans les coquillages. En revanche, pour les hydrocarbures (HCH) et les hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP), les valeur locales mesurées sont supérieures aux valeurs nationales pour l’ensemble des points de mesures, sans pour autant dépasser les teneurs autorisées.

Il subsiste malgré tout quelques zones à risques, ou le ramassage et la commercialisation des coquillages sont interdits, notamment en baie de Canche et à proximité des ports, mais la situation tend à s’améliorer. Le schéma d’aménagement et de gestion des eaux de la Canche, à l’instar du SDAGE, prend d’ailleurs en compte ces problèmes conchylicoles.

Un milieu marin d’une grande richesse écologique, mais des blooms de phytoplancton qui persistent

Du point de vue biologique, le milieu marin au large de la Côte d’Opale constitue une grande richesse écologique pour la région. L’équilibre de la flore phytoplanctonique pose néanmoins partout problème, a priori en lien avec les apports en nutriments. L’eutrophisation s’impose en effet, pour tout le littoral régional, comme la principale problématique environnementale sur le plan écologique [4]. Chaque année (à l’exception notable de l’année 2005), la bande côtière du Nord - Pas-de-Calais voit en effet au printemps de spectaculaires formations d’écume issues de la dégradation des colonies de phytoplancton marin du genre Phaeocystis. Ces efflorescences printanières entraînent un changement de coloration de l’eau et parfois une odeur nauséabonde. La formation d’écume, pouvant occasionner une gêne pour les activités touristiques et la pêche, constitue l’effet le plus visible de cette prolifération d’algues qui ne manifeste aucune toxicité directe. Dans l’état actuel des connaissances, notamment en l’absence de mesures fiables de l’ampleur du phénomène, il est difficile d’en prévoir les évolutions. Le programme national d’environnement côtier (PNEC), qui s’achève fin 2007, a commencé à apporter des informations et, tout en admettant le caractère modéré des nuisances de ce phénomène sur les usages, a établi un lien avec l’enrichissement en nutriments des eaux (essentiellement nitrates, phosphate et silicate). Pour l’instant, il n’a pas été mis en évidence, dans la région, de phénomène d’anoxie [5] lié aux blooms de Phaeocystis, essentiellement en raison des conditions hydrodynamiques de la Côte d’Opale (vent, marée, forts courants).

Notes

[1- État des lieux des districts hydrographiques Escaut, Somme et côtiers Manche - mer du Nord - Agence de l’Eau Artois - Picardie, direction régionale de l’Environnement Nord - Pas-de-Calais, DIREN de bassin Artois - Picardie, mars 2005.

[2- DSP (Diarrheic Shellfish Poisoning), PSP (Paralytic Shellfish Poisoning) et ASP (Amnesic Shellfish Poisoning).

[3- Pour ces métaux, les médianes locales sont inférieures aux médianes nationales.

[4- Ifremer - L’eutrophisation des eaux marines et saumâtres en Europe, en particulier en France, 2001.

[5- Déficit en oxygène.

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