Tourisme

Gérer la forte pression induite par le tourisme et les loisirs, faire de ceux-ci des leviers pour susciter des réalisations exemplaires

Des interactions fortes entre tourisme, loisirs et environnement qui appellent une vigilance et une qualité de projets particulières

La relation entre tourisme et environnement est forte et appelle une vigilance particulière. En effet, l’existence d’une offre touristique repose pour partie sur la qualité des paysages, des milieux naturels, sur l’identité des territoires à l’échelle de « pays » ou de sites plus particuliers (parcs, bases de loisirs, etc.). Ceci est particulièrement vrai pour le tourisme rural, fluvial, les activités de nature de type randonnée mais également pour des sites emblématiques sur le littoral.

Le développement d’une activité touristique induit des évolutions du paysage et des sites visités via les aménagements réalisés. Ces évolutions peuvent être positives, la création ou le renforcement d’une offre touristique pouvant donner lieu à la requalification de sites, la restauration ou la valorisation de villages, d’éléments bâtis ou culturels identitaires (tourisme de mémoire), etc. Dans le même temps, une multitude d’équipements peut engendrer une banalisation du paysage. La qualité des aménagements et de leur insertion paysagère est d’autant plus importante que ceux-ci peuvent être irréversibles ou s’inscrire sur un pas de temps long.

Par ailleurs, l’activité touristique induit une pression accrue sur des territoires (urbanisation). De plus, une fréquentation importante de sites, qui peut perturber des équilibres naturels, est associée à une production de déchets.

Enfin, par nature, l’activité touristique génère des déplacements émetteurs de gaz à effet de serre. Ceux-ci peuvent être réduits grâce à une réflexion sur l’accessibilité des sites via les transports en commun et les modes doux (vélo, piéton). C’est le cas notamment de sites culturels fortement fréquentés ou d’évènements qui rassemblent de nombreuses personnes.

De manière générale, les pressions sur l’environnement seront d’autant plus grandes que la densité touristique est forte, en terme d’offre d’hébergement comme en terme de fréquentation de sites. A contrario, les équipements et les sites étant fortement fréquentés, il peuvent être des lieux privilégiés de sensibilisation à l’environnement à travers la valorisation d’atouts de la région liés à l’environnement ou l’exemplarité des réalisations.
Certains territoires de la région font l’objet d’une pression importante liée au tourisme et celle-ci doit être gérée afin de préserver les sites et les milieux remarquables.

Mettre en œuvre des stratégies concertées de développement du tourisme sur le littoral, objet de fortes pressions

Les deux tiers des côtes sont considérés comme des espaces naturels de grande valeur écologique. Les parois abruptes des caps et des falaises offrent de nombreux abris aux oiseaux côtiers. Côté terre, les pelouses herbacées primitives présentent des espèces et des habitats très diversifiés. Les dunes, souvent associées à des milieux humides (marais ou tourbières), comportent des espèces végétales exceptionnelles, jouent un rôle essentiel pour les oiseaux migrateurs et constituent pour certaines espèces des milieux rares et originaux à l’échelle européenne. Les estuaires sont également des milieux intéressants, fréquentés par les phoques veau marin. Ils abritent, en arrière, des prés salés riches en espèces halophytes. La Canche et l’Authie sont considérées comme des zones importantes pour les populations de poissons migrateurs. De manière générale, le littoral présente un intérêt ornithologique majeur.

Si la région comporte le littoral parmi les plus protégés de France avec plus de 30 km acquis par le Conservatoire du littoral, l’essor du tourisme entraîne une augmentation de la fréquentation des sites et une pression en terme d’aménagements. Les falaises, les marais arrière-littoraux et les dunes sont un patrimoine fortement convoité.

Les possibilités d’aménagement et les réalisations en terme d’équipements et de produits sont importantes. Pour le schéma régional de développement durable du tourisme et des loisirs, le risque est d’assister à une politique d’équipements standardisés surdimensionnés et sans complémentarités, d’ou la nécessité de stratégies concertées de développement touristique. Une gestion des aménagements et de l’accueil du public prenant en compte la préservation de la biodiversité, la lutte contre l’érosion et la qualité de l’eau est nécessaire.

Concilier ouverture des sites au public et préservation de la biodiversité

L’engouement des populations pour la nature a suscité une attractivité très importante de certains espaces régionaux. Outre les grands sites touristiques, des espaces de nature aménagés, pour partie issus d’anciennes friches et de la reconversion de sites industriels, sont aujourd’hui fortement fréquentés par des touristes et par les habitants de la région [1] : parc Calonnix, à Calonne-Ricouart (200 000 visiteurs), parc départemental d’Ohlain (350 000 visiteurs), parc départemental du Val-Joly (180 000 visiteurs), parc des Argales autour du terril de Rieulay (150 000 visiteurs), parc de la Glissoire à Avion (186 000 visiteurs), etc.

Ces espaces sont pour partie identifiés comme « cœurs de nature » dans le projet régional de « trame verte et bleue » ou éléments participant à des corridors biologiques à plus grande échelle. Si l’offre de sites de loisirs de proximité répond à une forte demande des habitants et notamment des urbains, et contribue à aérer un paysage en grande partie urbain, il est nécessaire de concilier fréquentation du public et préservation de la biodiversité. L’ouverture des sites au public requiert plusieurs étapes. Dans un premier temps, acquisition des sites remarquables afin de les soustraire à l’urbanisation, comme le pratiquent le Conservatoire du littoral ou les conseils généraux. Ces derniers participent largement à la constitution de la « trame verte et bleue ». Dans un deuxième temps, il convient de mettre en place une gestion adaptée des milieux et d’organiser l’accueil du public en « canalisant les flux ».

Le développement de chemins de randonnées peut également être l’occasion de constituer et d’entretenir des corridors biologiques (réseaux de haies, de fossés, etc.) qui, outre leur participation au paysage, permettent aux espèces de circuler, de s’abriter et de se reproduire et participent à la fonctionnalité du réseau des cœurs de nature.

La chasse et la pêche, des loisirs qui participent à la gestion des milieux naturels

En 2006, le Nord - Pas-de-Calais compte près de 67 920 chasseurs, soit de l’ordre de 5 % des chasseurs français. Il s’agit surtout d’un loisir urbain de proximité ayant un fort ressort identitaire. On y chasse du gibier sédentaire dans les zones de grandes cultures (perdrix grises, lapins de garenne, lièvres) et dans les zones bocagères (lapins, faisans), du grand gibier dans les zones boisées (chevreuils, cerfs, sangliers), du gibier d’eau sur le littoral, les wateringues, les zones humides et les affaissements miniers (limicoles [2], canards, oies). Le nombre de chasseurs a cependant tendance à diminuer, du fait de multiples facteurs : difficulté d’attirer des jeunes, multiplicité des loisirs dans une société par ailleurs de plus en plus urbaine, etc.

La région compte plus de 61 000 adhérents aux fédérations de pêche et 227 associations agréées pour la pêche et la protection du milieu aquatique (AAPPMA). Les pêcheurs, qui sont essentiellement d’origine urbaine, profitent des nombreux étangs et rivières situés à proximité des grandes villes. Si, au début des années soixante-dix, la qualité de l’eau pouvait être par endroits extrêmement mauvaise et nuire à la pêche, la situation s’est aujourd’hui améliorée. En revanche, de nombreux obstacles (anciens ouvrages hydrauliques, moulins, etc.), qui tardent à être supprimés malgré la réglementation, rendent la libre circulation des grands migrateurs [3] et des anguilles difficile. La pression anthro­pique entraîne la disparition de frayères. Hormis les anguilles, le potentiel piscicole est faible dans les canaux et les wateringues qui sont artificiels et soumis à d’importantes activités humaines. En revanche, l’Avesnois, qui présente un réseau hydrographique particulier en raison de la nature géologique de la région (affleurement du primaire), offre un potentiel piscicole important, en particulier pour les espèces cyprinicoles, et compte des rivières de première catégorie hébergeant une population de salmonidés. La pêche aux grands migrateurs (anguilles, lamproies, salmonidés : saumons et truites de mer) est possible dans les fleuves côtiers de l’Authie, de la Canche et dans leurs affluents. Enfin, on peut pêcher des poissons blancs et des carnassiers dans de très nombreuses rivières de deuxième catégorie et dans les étangs aménagés à cet effet.

Notes

[1- Les estimations qui suivent sont données dans le schéma de développement durable du tourisme et des loisirs et correspondent aux fréquentations enregistrées ou estimées en 2004.

[2- Bécasses, bécassines, vanneaux huppés, pluviers…

[3- L’appellation « grands migrateurs » regroupe les truites de mer, les saumons, les lamproies et les anguilles.

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